Plus de dix ans après l’adoption d’une loi stricte contre le tabagisme, fumer dans les espaces publics à N’Djamena reste une habitude aussi répandue que tolérée. Malgré un cadre juridique exigeant, son application peine à s’imposer, transformant la capitale tchadienne en un terrain de flou juridique.
Un simple tour au marché central ou au marché Dembé suffit pour mesurer l’écart entre le texte et la réalité. Entre les étals de poissons et les étals de légumes, les volutes de fumée se mêlent aux poussières et aux effluves des grillades. Les clients et les commerçants allument leurs cigarettes sans se soucier des alentours, ignorants — ou indifférents — aux règles en vigueur.
« La fumée fait partie de notre quotidien ici. On en respire tous les jours, et personne ne fait quoi que ce soit. » Cette remarque de Pélagie, marchande de poissons, résume le sentiment général. Elle ajoute, amère : « Les autorités parlent de décisions, mais en pratique, rien ne change. C’est inacceptable. »
Christian, un client régulier des lieux, partage ce constat désabusé : « Dans d’autres pays, des zones dédiées aux fumeurs existent. Ici, tout le monde est regroupé, même dans les écoles ou les hôpitaux. Le gouvernement doit agir, car cette situation dépasse l’entendement. »
Les conséquences de cette tolérance sont multiples. Les bars, restaurants et même les taxis deviennent des pièges pour les non-fumeurs. « Je souffre d’asthme et d’allergies sévères à la fumée, y compris celle des chichas. J’ai dû abandonner les restaurants, car personne n’y respecte les consignes. »
Pourtant, les risques sanitaires sont bien réels. Le tabagisme passif expose les non-fumeurs à des maladies graves : cancers, troubles cardiovasculaires et affections respiratoires. Les populations les plus fragiles — enfants et femmes enceintes — paient un lourd tribut. Sur le plan écologique, les mégots jetés à même le sol alourdissent la pollution urbaine et menacent de déclencher des incendies.
La loi n° 010/PR/2010, promulguée le 10 juin 2010, interdit formellement de fumer dans tous les lieux publics, espaces de travail fermés et transports en commun. Elle protège également les femmes enceintes et les mineurs, tout en prévoyant des sanctions. Des décrets ultérieurs, comme le décret n° 1522/PR/MSP/2019, ont détaillé les modalités d’application. Des campagnes de sensibilisation ont été lancées par les autorités sanitaires et municipales, et une brigade spécialisée a même été déployée. Pourtant, malgré ces efforts, l’application de la loi reste un défi majeur au Tchad.



