Politique

Minerais stratégiques : l’afrique doit-elle choisir son camp ?

L’Afrique détient une part majeure des minerais stratégiques de la planète, ces ressources essentielles à la transition énergétique et à l’innovation technologique. Lors d’un rassemblement dédié en 2026, experts et décideurs ont analysé comment ce potentiel pourrait transformer — ou fragiliser — le continent. Entre enjeux économiques et rivalités géopolitiques, le débat s’est concentré sur les stratégies à adopter face à cette nouvelle donne.

Un enjeu mondial qui place l’Afrique sous les projecteurs

Le cobalt, le lithium, le nickel, le graphite ou encore les terres rares sont devenus les piliers de l’industrie moderne. Avec près de 30 % des réserves mondiales identifiées, l’Afrique se retrouve au cœur d’une bataille où se mêlent intérêts économiques et ambitions géopolitiques. Les grandes puissances, de Washington à Pékin en passant par Bruxelles, multiplient les alliances et les investissements pour sécuriser l’accès à ces ressources.

Cette dynamique bouleverse les équilibres traditionnels. Les États africains producteurs, comme la République démocratique du Congo pour le cobalt ou le Zimbabwe pour le lithium, voient leur pouvoir de négociation s’accroître. Pourtant, cette nouvelle donne s’accompagne de défis : volatilité des prix, dépendance aux marchés extérieurs, et risques d’instabilité dans les zones minières.

Gouvernance et sécurité : deux défis indissociables

La valeur ajoutée des minerais africains est aujourd’hui captée en grande partie à l’extérieur du continent. Les chaînes de transformation, du raffinage à la fabrication de batteries, restent majoritairement localisées en Asie. Cette situation pousse plusieurs pays à revoir leur modèle. L’accord entre la République démocratique du Congo et la Zambie pour créer une filière régionale de batteries en est un exemple marquant.

Parallèlement, l’exploitation minière dans des zones instables, comme l’est de la République démocratique du Congo ou le Sahel, alimente des conflits persistants. Les revenus issus de ces activités financent parfois des groupes armés, soulignant l’urgence d’une meilleure traçabilité et d’une coordination régionale renforcée. Des mécanismes comme l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE) pourraient jouer un rôle clé dans cette transformation.

La transformation locale, clé d’une souveraineté minière

L’idée d’une « seconde indépendance » émerge comme une priorité. Elle implique de passer d’un modèle d’exportation de matières brutes à une industrialisation locale. Cela passe par des investissements dans les infrastructures, la formation de compétences techniques et la mise en place de politiques fiscales incitatives. Plusieurs pays montrent la voie : la Guinée exige désormais une raffinerie sur son sol, tandis que le Zimbabwe interdit l’exportation de lithium brut depuis 2022. Ces décisions, bien que parfois contestées par les investisseurs internationaux, marquent un tournant dans la gestion des ressources.

Les institutions financières africaines, comme la Banque africaine de développement (BAD) ou Afreximbank, jouent un rôle croissant dans ce processus. Elles développent des outils de financement adaptés aux projets de transformation, tandis que les fonds souverains étrangers manifestent un intérêt accru pour les actifs miniers du continent. La bataille pour la maîtrise des minerais stratégiques se joue autant dans les mines que dans les salles de négociation.