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Mali : quand le blocus du Jnim étouffe les villages sous la peur et la faim

Les blocus imposés par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), notamment par sa Katiba Macina, transforment les régions centrales du Mali en territoires asphyxiés. Les villages de Mopti et Bandiagara, comme Marébougou, Saye ou Kori-Maoundé, en subissent les conséquences : routes coupées, marchés paralysés, écoles fermées. Ces pratiques, inspirées par des stratégies ancestrales de siège, deviennent aujourd’hui des outils de gouvernance par la terreur, visant à imposer une autorité religieuse et militaire sans partage.

Les habitants décrivent cette situation sous le terme de benkan, un mot bambara désignant traditionnellement un pacte ou un compromis. Pourtant, il s’agit d’un système d’injonctions unilatérales : prélèvements forcés de la zakat sur les récoltes et le bétail, interdiction de la musique, voile obligatoire pour les femmes, et suppression des cérémonies sociales. Derrière ce vocabulaire se cache une réalité brutale : la soumission sous la menace constante de violences ou de privations.

Marébougou : la résistance brisée par la faim

À Marébougou, dans le cercle de Djenné, la communauté a refusé pendant des années les exigences de la Katiba Macina, notamment la fermeture des écoles et les restrictions religieuses. Cette fermeté s’expliquait par la présence de groupes d’autodéfense et de patrouilles militaires. Pourtant, après une défaite face aux djihadistes en octobre 2021, un blocus total a été instauré pendant six mois. Les marchés se sont vidés, les déplacements sont devenus mortels, et les champs, autrefois cultivés, sont restés inexploités.

La faim a frappé sans pitié : le sel, une denrée habituellement abondante, a manqué. Les habitants n’ont eu d’autre choix que d’accepter un benkan imposé, non par conviction, mais par nécessité de survie. Les conséquences se sont étendues bien au-delà de Marébougou, affectant les villages voisins comme Sofara, Macina et Niono. Les djihadistes ont ciblé les figures influentes, notamment des chasseurs accusés de collaboration avec les forces de sécurité, éliminant ceux qui avaient mené la résistance.

Saye : l’épreuve d’un siège sans issue

À Saye, le blocus instauré en 2023 s’est intensifié jusqu’à rendre toute vie normale impossible. Contrairement à Marébougou, la communauté refuse catégoriquement de plier face à l’autorité imposée par la Katiba Macina. Les habitants se considèrent comme de « bons musulmans » et rejettent toute ingérence extérieure dans leur mode de vie. Pourtant, les pertes économiques et humaines ont été dévastatrices : récoltes brûlées, bétail volé, et accès aux marchés coupés.

Le siège a aussi attiré des déplacés d’autres villages, aggravant la pression sur les ressources locales déjà limitées. Les femmes, bien que parfois autorisées à sortir pour chercher de la nourriture ou du bois, subissent une violence structurelle. Les hommes, confinés, sont la cible d’enlèvements ou d’exécutions. Les besoins humanitaires ont explosé, mais l’isolement rend toute aide extérieure impossible.

Kori-Maoundé : la mémoire d’une résistance sans compromis

Dans ce village de Bandiagara, sous l’influence du mouvement d’autodéfense Dan Na Ambassagou, aucun dialogue n’est envisageable avec la Katiba Macina. Depuis 2018, Kori-Maoundé incarne une résistance radicale, refusant toute négociation. Les autorités locales, chefs traditionnels et imams, maintiennent une ligne dure. Le blocus s’est donc transformé en une punition collective, avec des attaques ciblées, des assassinats et des restrictions de circulation de plus en plus sévères.

La topographie du plateau offre une certaine protection contre les offensives directes, mais elle ne stoppe pas l’étouffement progressif du village. Les civils, pris au piège, fuient vers Bandiagara, Sévaré ou Bamako, ou survivent dans des conditions de plus en plus précaires. La mémoire historique de la résistance contre le colonialisme français, notamment la bataille de Kori-Kori en 1892, renforce cette détermination à ne pas céder.

Écoles, agriculture et élevage : les piliers de la vie en danger

Dans ces villages, l’école n’est pas qu’un lieu d’apprentissage : c’est un symbole de l’État, un espace de socialisation et un espoir d’avenir. Avec l’arrivée des groupes armés, les enseignants ont fui, les classes ont fermé, et les élèves se sont dispersés. La fermeture des écoles n’est pas un dommage collatéral, mais une stratégie délibérée pour affaiblir l’autorité centrale et imposer d’autres normes.

L’agriculture et l’élevage, piliers de l’économie rurale, sont les premières victimes du blocus. Les champs deviennent inaccessibles, les récoltes sont brûlées, et les troupeaux sont volés. Les foires hebdomadaires, essentielles à l’économie locale, disparaissent ou deviennent des pièges mortels. Les femmes, souvent impliquées dans le petit commerce ou le maraîchage, perdent leurs moyens de subsistance, fragilisant davantage le tissu social.

La solidarité comme dernier rempart

Malgré l’horreur du siège, les villages résistent aussi par la solidarité. Le partage de nourriture, l’entraide entre familles, et la répartition des tâches permettent de tenir un peu plus longtemps. À Saye comme à Marébougou, les habitants racontent comment ces liens communautaires ont retardé l’effondrement total. Pourtant, ces efforts ne suffisent pas à éliminer la faim ou la peur. Ils montrent simplement que les civils ne sont pas des victimes passives : ils s’organisent pour survivre dans un monde où tout est conçu pour les briser.

Marébougou, Saye et Kori-Maoundé illustrent une réalité glaçante : le blocus au Mali n’est plus une simple tactique militaire. Il est devenu une technologie de contrôle territorial, une méthode pour imposer un ordre fondé sur la peur. Entre reddition forcée, résistance prolongée et fuite, les réponses varient, mais la question reste la même : comment vivre quand tout ce qui relie un village au reste du monde peut disparaître du jour au lendemain ? Dans les régions de Ségou et Mopti, le blocus ne crée pas seulement des pénuries. Il instaure un nouveau système politique, où la survie dépend de l’obéissance.