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Mali : les attaques du JNIM à Mopti révèlent l’épuisement de la junte

Le JNIM frappe à nouveau dans le centre du Mali

Le dimanche 19 juillet, la région de Mopti a subi une série d’attaques coordonnées attribuées au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda. Quatre assauts simultanés ont visé les Forces armées maliennes (FAMa), leurs alliés d’Africa Corps ainsi que les milices locales, confirmant la capacité opérationnelle du groupe malgré cinq ans de régime militaire. Cette offensive illustre l’urgence d’une crise sécuritaire qui s’aggrave, mettant en lumière les limites des promesses de rétablissement de la souveraineté territoriale.

Une journée noire pour les forces régulières

Au cœur de la région de Mopti, trois engins explosifs improvisés (IED) ont été déclenchés dans le cercle de Douentza, ciblant un convoi logistique, un véhicule militaire et un détachement de soldats en moto. Ces attaques, revendiquées par le JNIM, visaient conjointement les soldats des FAMa et les mercenaires russes d’Africa Corps. À Kansila, une embuscade a été tendue contre les milices des chasseurs Dozo, forces supplétives souvent utilisées par Bamako, faisant trois morts parmi leurs rangs.

Cinq ans après le coup d’État : l’échec des promesses militaires

Lorsque le colonel Assimi Goïta a pris le pouvoir en 2019, sa priorité était de reconquérir les zones perdues et de restaurer la sécurité, là où les forces internationales avaient, selon lui, échoué. Pourtant, les données confirment une détérioration alarmante : selon l’ACLED, le nombre de victimes liées aux violences a doublé, voire triplé dans certaines provinces. L’émergence d’Africa Corps et les tensions intercommunautaires ont exacerbé les recrutements djihadistes, tandis que les attaques au quotidien paralysent les axes routiers vitaux.

Une emprise étatique en recul

Malgré quelques succès symboliques, comme la reprise de Kidal fin 2023, l’armée malienne peine à maintenir son contrôle territorial. Le Centre et le Nord du pays sont désormais des zones grises, abandonnées de l’administration publique. Les Nations Unies estiment à plus de 400 000 le nombre de déplacés internes, fuyant les exactions terroristes et les dommages collatéraux des opérations militaires. Les blocus imposés par le JNIM ou l’État Islamique au Grand Sahara (EIGS) plongent des régions entières dans une crise alimentaire, aggravée par l’impossibilité d’acheminer l’aide humanitaire.

Africa Corps : un partenaire militaire inefficace et controversé

Pour remplacer la présence française et la mission de l’ONU, Bamako s’est tourné vers Moscou, d’abord via le groupe Wagner, puis avec Africa Corps, directement lié au ministère russe de la Défense. Pourtant, ce partenariat s’avère un échec tant sur le plan militaire que politique. Les exactions attribuées aux mercenaires russes, comme le massacre de Moura, ont poussé les populations locales vers les groupes insurgés, perçus comme des protecteurs. Militairement, Africa Corps n’a pas réussi à inverser la tendance, subissant des pertes régulières et manquant de moyens pour une contre-insurrection efficace.

Les drones et hélicoptères : une stratégie coûteuse et inefficace

Face au manque de troupes au sol, Bamako a massivement investi dans des drones (Bayraktar TB2) et des hélicoptères d’attaque (Mi-24), principalement fournis par la Russie et la Turquie. Si ces appareils ont permis des frappes initiales, ils révèlent aujourd’hui leurs limites. Les crashs techniques et les pertes contre les rebelles ont révélé des problèmes de maintenance, aggravés par la dépendance aux pièces détachées russes. Par ailleurs, les groupes terroristes ont adapté leurs tactiques, utilisant des unités mobiles et des civils comme couverture, réduisant l’efficacité des frappes aériennes.

L’impasse d’une stratégie purement militaire

Les attaques du 19 juillet à Mopti ne sont pas des incidents isolés, mais le reflet d’un système en crise. La stratégie du « tout-militaire » adoptée par la junte a montré ses limites : rupture des dialogues, isolement régional et international, et dépendance à des mercenaires plus axés sur l’exploitation des ressources que sur la stabilisation. Sans une approche globale intégrant gouvernance, services publics et protection des civils, le Mali risque de voir son territoire se fragmenter davantage sous la pression d’un djihadisme sahélien en expansion.