Une dégradation alarmante des droits humains deux ans après le coup d’État
Deux ans après la prise de pouvoir par la force au Burkina Faso, la promesse d’un retour à l’ordre constitutionnel s’est évanouie. Le régime de transition a au contraire instauré un climat de répression, restreignant sévèrement l’espace civique et démocratique. Les libertés fondamentales sont bafouées et toute forme de critique est systématiquement étouffée, suscitant une vive inquiétude quant au respect de l’état de droit dans le pays.
Depuis l’arrivée au pouvoir des autorités militaires en septembre 2022, un appareil répressif a été méthodiquement déployé pour museler toute voix dissidente. Les défenseurs des droits humains, les journalistes et les figures de l’opposition politique sont devenus des cibles quotidiennes. Ils subissent des attaques, des arrestations arbitraires, des enlèvements, des séquestrations et même des disparitions forcées. Une atmosphère de terreur est entretenue par des campagnes de haine et des appels à la violence propagés sur les réseaux sociaux par des sympathisants du régime.
Cette situation est d’autant plus préoccupante qu’elle survient durant une période de transition censée œuvrer à la refondation de l’État et à l’amélioration de la gouvernance. La protection de la société civile et la garantie des libertés d’expression, d’opinion, d’association et de la presse sont pourtant des piliers essentiels à tout processus démocratique.
Alors que la lutte contre l’insécurité était la priorité affichée du régime, la situation sur le terrain s’est considérablement dégradée. La violence s’intensifie et les populations civiles sont les premières victimes des exactions commises par toutes les parties au conflit. L’attaque du 24 août 2024, revendiquée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), qui a fait des dizaines de victimes parmi les civils, les forces de sécurité et les Volontaires pour la défense de la Patrie (VDP), illustre tragiquement cette escalade.
La conscription forcée comme outil de répression
Depuis la fin de l’année 2023, les autorités ont recours de manière systématique à l’enrôlement forcé pour neutraliser les critiques. En vertu d’un décret d’avril 2023 sur la mobilisation générale, des défenseurs des droits humains, des journalistes et des opposants politiques sont envoyés de force au front en tant que supplétifs de l’armée. Cette mesure punitive a touché une dizaine de personnalités, dont le défenseur des droits humains Dr Daouda Diallo et l’homme politique Ablassé Ouédraogo, en représailles à leurs prises de position critiques.
Cette pratique s’étend même au corps judiciaire, portant une atteinte grave au principe de séparation des pouvoirs et à l’indépendance de la justice. En août 2024, au moins cinq magistrats, y compris des procureurs, ont été réquisitionnés de force. Ces derniers avaient initié des procédures judiciaires impliquant des individus considérés comme proches du pouvoir. Parmi les magistrats enrôlés figurent les procureurs des tribunaux de Grande instance de Ouagadougou 1, Boromo, Bobo-Dioulasso et Gaoua, ainsi que des juges d’instruction.
Une presse sous pression et réduite au silence
Le droit à l’information et la liberté de la presse ont été progressivement anéantis au Burkina Faso. Les médias locaux subissent un contrôle étroit tandis que de grands médias internationaux ont été interdits de diffusion. Les journalistes sont sommés d’adopter un « traitement patriotique » de l’actualité, ce qui équivaut à une ligne éditoriale favorable au régime. L’autocensure est devenue la norme face aux menaces et aux attaques constantes. Plusieurs professionnels des médias ont été enlevés, comme M. Atiana Serge Oulon, directeur de publication de l’Événement, kidnappé à son domicile par l’Agence nationale du renseignement (ANR) le 24 juin 2024. De même, Kalifara Séré et Adama Bayala, intervenants sur la chaîne BF1, ont été enlevés en juin 2024 suite à la suspension de leur émission.
Le harcèlement des familles d’opposants en exil
La répression a récemment pris une nouvelle dimension avec le ciblage des familles de personnalités en exil. Des proches d’anciens dignitaires sont victimes de harcèlement, de violences et d’enlèvements. En septembre 2024, au moins deux membres de la famille de Djibril Bassolé, ancien ministre des Affaires étrangères, ont été enlevés à Ouagadougou après avoir été violentés. Ces actes semblent être la conséquence directe d’incitations à la haine propagées par des activistes pro-régime. Face à cette escalade, des appels sont lancés à l’Union africaine et aux Nations unies pour qu’elles interviennent afin de mettre un terme à ce climat de violence et d’assurer la protection des personnes ciblées.



