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Le Mali lance la vaccination anti-vph pour un avenir sans cancer du col de l’utérus

Une avancée historique pour la santé des femmes au Mali

Le Mali a franchi une étape décisive pour la santé féminine en intégrant officiellement le vaccin contre le papillomavirus humain (VPH) à son calendrier vaccinal national. Le lancement, célébré à Bamako en début de mois de novembre en compagnie de partenaires clés comme Gavi et de représentants du ministère de la Santé et du Développement Social, représente un tournant majeur dans la lutte contre le cancer du col de l’utérus dans le pays.

Le parcours de Fatoumata, 38 ans, illustre douloureusement la réalité de nombreuses Maliennes. Son témoignage poignant révèle un combat marqué par des diagnostics tardifs et des traitements aux coûts exorbitants. « J’ai dépensé entre 5 et 6 millions de francs CFA pour le traitement. Rien que l’opération m’a coûté deux millions de francs CFA », confie-t-elle. Son histoire met en exergue les défis d’un système de santé où l’accès à des soins de qualité reste un obstacle majeur.

Grâce à cette nouvelle campagne de vaccination, le Mali ambitionne de protéger plus de 320 000 jeunes filles annuellement, ce qui pourrait réduire l’incidence du cancer du col de l’utérus de près de 90 % et éviter plus de 3 600 décès chaque année.

L’impact dévastateur du cancer du col de l’utérus au Mali

Provoqué par une infection persistante au papillomavirus humain (VPH), le cancer du col de l’utérus constitue un problème de santé publique critique au Mali. Il s’agit de la deuxième forme de cancer la plus répandue chez les femmes de 15 à 44 ans, causant des milliers de décès évitables chaque année, souvent en raison d’une détection tardive.

Au-delà des difficultés médicales, des barrières culturelles freinent la prise en charge. Une militante pour la santé sexuelle et reproductive explique que « la maladie du col de l’utérus est parfois perçue comme un sort jeté par une coépouse, une belle-sœur ou un ancien compagnon », des croyances qui retardent la consultation médicale et aggravent le pronostic.

Une nouvelle ère de prévention grâce au vaccin anti-VPH

Face à cette situation, le gouvernement malien a pris une décision historique en intégrant le vaccin anti-VPH à son programme de vaccination systématique. Le Dr Ibrahima Diarra, à la tête du Centre National d’Immunisation du Mali, a insisté sur l’efficacité de cette stratégie : « Une seule dose suffit pour protéger une fillette de 10 ans pendant plus de dix ans contre les virus responsables de 70 % des cancers du col de l’utérus. » Grâce au soutien de Gavi et à un cofinancement de l’État malien, ce vaccin est désormais administré gratuitement aux jeunes filles.

L’objectif est de vacciner plus de 320 000 jeunes filles chaque année, une mesure qui pourrait faire chuter les cas de cancer du col de l’utérus de près de 90 % et sauver plus de 3 600 vies annuellement parmi les femmes maliennes.

Un engagement fort pour l’équité sanitaire

Ce programme de vaccination représente un progrès considérable pour l’équité en santé. Le cancer du col de l’utérus affecte de manière disproportionnée les pays à faible revenu, où surviennent 90 % des 348 000 décès mondiaux enregistrés en 2022. En offrant un accès universel à la prévention, le Mali pose un acte de justice sociale.

Le Dr Diarra précise le choix de cibler les filles de 10 ans : « Nous avons choisi cette tranche d’âge car leur col est encore sain, bien avant le début des rapports sexuels, ce qui garantit une efficacité maximale du vaccin. » Cette approche s’aligne sur les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Le Mali se distingue comme l’une des premières nations sahéliennes et le premier pays soutenu par Gavi dans la catégorie des pays fragiles et touchés par des conflits à introduire le vaccin contre le VPH.

L’introduction du vaccin gratuit, dont une seule dose coûte environ 150 000 FCFA dans le secteur privé, allège aussi le fardeau financier des familles. Cette initiative pionnière positionne le Mali en modèle pour la région et contribue à l’objectif global de Gavi de vacciner 86 millions de jeunes filles dans les pays à revenu faible et intermédiaire d’ici 2025.

Faire face au défi de la désinformation

Les autorités sanitaires maliennes doivent également relever un défi de taille : la désinformation. Des rumeurs infondées circulent sur les vaccins, semant le doute. « Il est crucial de contrer ces informations erronées. Ce vaccin est sûr, efficace et ne compromet ni la fertilité ni la santé reproductive des jeunes filles », martèle le Dr Diarra.

Un message renforcé par la ministre de la Santé, le Colonel Assa Badiallo Touré, qui a publiquement affirmé la sécurité et l’importance de cette vaccination lors du lancement.

Le déploiement du vaccin anti-VPH au Mali est une victoire significative pour la santé publique et l’équité. En misant sur la prévention pour briser le cycle de la maladie, le pays offre un avenir plus sain à des générations de femmes et s’impose comme un exemple de politique de santé visionnaire, axée sur la protection des plus vulnérables.