force unifiée de l’AES : les clés pour une efficacité durable au Sahel

Les dirigeants du Mali, du Burkina Faso et du Niger se réunissent à Bamako pour une session cruciale de deux jours afin d’évaluer les progrès de la force unifiée de l’AES (alliance des États du Sahel) et de définir des stratégies pour renforcer sa crédibilité. Cette rencontre intervient à un moment où les défis sécuritaires et diplomatiques restent majeurs dans la région.
Selon les autorités maliennes, cette session permettra de faire un bilan de la feuille de route adoptée il y a un an, d’examiner les obstacles persistants et de nommer un nouveau président pour cette confédération naissante. Les enjeux régionaux et internationaux, notamment les tensions avec la CEDEAO, seront également au cœur des discussions.
Qu’est-ce que la force unifiée de l’AES ?

Face à l’insécurité croissante et à la menace des groupes djihadistes transfrontaliers, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont décidé de mutualiser leurs efforts militaires. La force unifiée de l’AES, officiellement lancée le 20 décembre à Bamako, regroupe 5 000 soldats sous le commandement du Général Daouda Traoré, originaire du Burkina Faso.
Cette initiative vise à renforcer la coordination entre les armées des trois pays, améliorer le partage des renseignements et synchroniser les opérations pour sécuriser les zones vulnérables. Le ministre malien de la Défense, le Général Sadio Camara, a souligné que cette force représente un engagement irréversible des États membres, basé sur les valeurs de solidarité et de souveraineté sahélienne.
« La paix et la sécurité ne se délèguent pas », a-t-il déclaré, mettant en avant l’importance d’une action collective pour endiguer la menace terroriste.
Comment la force unifiée pourrait-elle atteindre ses objectifs ?

Pour les experts, la force unifiée doit surmonter plusieurs défis pour prouver son efficacité. Fiacre Vidjenagninou, chercheur au Behanzin Institute (Bénin) et à l’Egmont Institute (Bruxelles), insiste sur la nécessité d’une stratégie claire et durable.
Selon lui, une approche efficace repose sur trois piliers :
- Concentration des efforts : cibler les zones où les groupes armés sont les plus structurés, plutôt que des opérations ponctuelles sans lendemain.
- Mécanisme renseignement-action : collecter, analyser et agir rapidement sur les informations, tout en maintenant une présence sur le terrain pour éviter les retours des groupes armés.
- Gouvernance locale : associer les populations, sécuriser les marchés et villages, et restaurer la justice pour éviter la résurgence des violences.
« Une force peut gagner une bataille, mais sans gouvernance minimale, elle ne gagne pas la stabilisation », explique-t-il. Il critique les stratégies de « frappe et retraite », qui permettent aux groupes armés de revenir et de reprendre leurs activités.
S’ouvrir pour être efficace ?

Vidjenagninou met en garde contre une intégration trop rapide de nouveaux pays dans la force unifiée. Selon lui, une approche progressive serait plus judicieuse :
- Phase 1 : prouver l’efficacité de la force avec les trois pays actuels (Mali, Burkina Faso, Niger).
- Phase 2 : collaborer avec des voisins de manière opérationnelle, en ciblant des couloirs précis et en renforçant les accords transfrontaliers.
- Phase 3 : envisager une intégration formelle une fois la confiance établie et les résultats tangibles obtenus.
Le chercheur souligne que l’élargissement prématuré pourrait compliquer la coordination en raison des différences de doctrines militaires et de méfiance entre les pays.
La force unifiée de l’AES représente un tournant politique majeur, mais sa crédibilité dépendra de sa capacité à produire des résultats concrets pour les populations. Les discussions de Bamako pourraient bien définir les contours de cette nouvelle alliance et son avenir.
Parmi les autres points à l’ordre du jour du sommet :
- La création officielle de la Télévision de l’AES, basée à Bamako, et de la radio Daandè Liptako (Ouagadougou).
- Le lancement de la Banque confédérale d’investissement et de développement (BCID), avec un capital initial de 500 milliards de francs CFA.
- L’évaluation des tensions persistantes avec la CEDEAO et la recherche de solutions diplomatiques.



