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Dérives autoritaires au Niger : les droits humains sous pression depuis le putsch

Depuis le renversement du gouvernement le 26 juillet 2023, la situation des libertés fondamentales au Niger suscite de vives inquiétudes. Plusieurs organisations internationales, dont Human Rights Watch et Amnesty International, alertent sur la multiplication des interpellations arbitraires visant d’anciens membres de l’exécutif, ainsi que sur le musellement croissant des voix dissidentes et des médias indépendants. Un appel urgent est lancé aux nouvelles autorités pour qu’elles garantissent le respect des procédures judiciaires et libèrent les détenus politiques.

Un climat d’intimidation généralisé à Niamey

Le coup d’État mené par le général Abdourahmane Tiani et le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) a entraîné la chute du président Mohamed Bazoum. Depuis cette date, ce dernier, accompagné de son épouse et de son fils, demeure séquestré au palais présidentiel de Niamey. Parallèlement, une vague de harcèlement touche les journalistes, les militants de l’opposition et les citoyens exprimant des critiques à l’égard de la junte. Ces atteintes répétées à la liberté d’expression engagent le pays sur une trajectoire périlleuse en matière de droits fondamentaux.

Pressions diplomatiques et sanctions régionales

Face à cette rupture de l’ordre constitutionnel, la CEDEAO a réagi dès le 30 juillet en fermant les frontières et en suspendant les échanges financiers avec le Niger. Des sanctions ciblées, incluant des gels d’avoirs, ont été instaurées le 10 août. De son côté, l’Union africaine a suspendu la participation du pays à ses instances, tout en privilégiant une résolution pacifique de la crise. Le climat diplomatique s’est encore durci en octobre lorsque Louise Aubin, coordinatrice de l’ONU, a été sommée de quitter le territoire nigérien après des accusations de sabotage portées contre le Secrétaire général des Nations Unies.

Arrestations de civils et tribunaux militaires

Plusieurs figures de l’ancien régime, à l’instar de Sani Mahamadou Issoufou (Pétrole), Hamadou Adamou Souley (Intérieur), Kalla Moutari (Défense) et Ahmad Jidoud (Finances), ont été incarcérées. Transférés dans divers centres pénitenciers comme ceux de Filingué ou Kollo, ces civils font face à des poursuites devant une juridiction militaire pour atteinte à la sûreté de l’État, une procédure dénoncée comme arbitraire et politiquement motivée par les observateurs internationaux.

Le sort incertain de la famille Bazoum

La détention de Mohamed Bazoum reste un point de tension majeur. Bien que les autorités militaires aient évoqué des poursuites pour « haute trahison », le président déchu n’a toujours pas comparu devant un magistrat. En réaction, il a saisi la Cour de justice de la CEDEAO à Abuja pour dénoncer les violations de ses droits. Malgré une décision de justice locale ordonnant la libération de son fils, Salem Mohamed Bazoum, le CNSP maintient la famille au secret, niant toute tentative d’évasion.

La liberté de la presse en péril

Le secteur de l’information subit des pressions sans précédent. Entre menaces physiques et surveillance accrue, de nombreux reporters nigériens admettent pratiquer l’autocensure pour garantir leur sécurité. La suspension sine die de Radio France Internationale et de France 24 a marqué une étape supplémentaire dans le contrôle de l’information. Le cas de la journaliste Samira Sabou est emblématique : arrêtée par des hommes cagoulés et détenue au secret pendant une semaine, elle est désormais poursuivie pour diffusion de données troublant l’ordre public.

Répression de la dissidence et violences de proximité

Le pouvoir militaire ne tolère aucune contestation. Six universitaires ont été révoqués par décret après avoir signé une pétition se désolidarisant du soutien au CNSP. Sur les réseaux sociaux, des utilisatrices comme Samira Ibrahim, alias « Precious Mimi », ont été condamnées à des peines de prison avec sursis pour de simples publications.

Par ailleurs, des actes de violence ont été perpétrés par des partisans du régime contre le siège du PNDS-Tarayya. Des comités d’autodéfense, formés par des jeunes, sont également accusés d’agressions sexuelles lors de patrouilles citoyennes à Niamey. Malgré les plaintes déposées par les victimes, aucune poursuite n’a encore été engagée contre les auteurs de ces sévices.

Bien que le CNSP ait suspendu la Constitution, il s’est engagé à respecter les traités internationaux, tels que la Charte africaine des droits de l’homme. La protection de la liberté de la presse et du droit à la dissidence reste pourtant indispensable pour assurer la transparence et la responsabilité des dirigeants durant cette période de transition.