Sortie du Mali, du Niger et du Burkina Faso de la Cédéao : un coup dur pour la protection des droits humains en Afrique de l’Ouest ?
Le retrait annoncé du Mali, du Niger et du Burkina Faso de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) suscite de vives inquiétudes quant à l’accès des citoyens à une justice indépendante. En effet, ces trois pays perdront prochainement la possibilité de saisir la Cour de justice de la Cédéao, un mécanisme essentiel pour défendre les droits fondamentaux face aux violations commises par les forces de sécurité ou les autorités locales.
Pourquoi la Cour de justice de la Cédéao était-elle cruciale pour les populations ?
Selon Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior pour une ONG spécialisée, cette Cour offrait une voie de recours essentielle pour les victimes de violations des droits humains. Dans des pays où l’impunité persiste et où l’accès à la justice locale est souvent restreint, ce tribunal régional jouait un rôle clé. « La Cour de justice de la Cédéao était un recours précieux, car elle permettait de contester des abus commis par des acteurs étatiques ou non étatiques, sans obligation d’épuiser d’abord les voies nationales », explique-t-elle.
Ses interventions passées ont marqué l’histoire juridique africaine, comme en témoignent deux décisions majeures :
- L’affaire de l’esclavage au Niger : la Cour a reconnu la responsabilité de l’État nigérien pour ne pas avoir protégé un citoyen de l’esclavage.
- L’affaire pétrolière au Nigeria en 2012 : le gouvernement nigérian a été tenu pour responsable des abus commis par des compagnies pétrolières, ouvrant la voie à des réparations pour les communautés locales.
Ces exemples illustrent l’importance de ce mécanisme pour les populations d’Afrique de l’Ouest, où les systèmes judiciaires nationaux peinent parfois à garantir l’équité.
Un vide juridique à craindre pour les citoyens
Avec le départ imminent du Mali, du Niger et du Burkina Faso, les citoyens de ces pays se retrouveront privés d’un recours régional efficace. « Dans un contexte où les abus des forces de sécurité et les violations des droits humains restent fréquents, la disparition de cette Cour aggrave les risques d’impunité », alerte Ilaria Allegrozzi.
Cette situation soulève des questions sur l’avenir de la protection des droits humains dans la sous-région. Les populations concernées pourront-elles encore compter sur des instances internationales pour faire valoir leurs droits ? Quelles alternatives se présenteront à elles pour obtenir justice ?
Les conséquences de ce retrait pourraient se faire sentir bien au-delà des frontières de ces trois pays, affectant la cohésion et les mécanismes de coopération en Afrique de l’Ouest.


