Une région sous pression : les défis internes des juntes sahéliennes
La situation au Sahel s’aggrave, exposant les juntes du Burkina Faso et du Niger à des pressions à la fois extérieures et internes. L’Alliance des États du Sahel (AES) se retrouve désormais confrontée à des enjeux qui dépassent largement la lutte contre le terrorisme. Entre verrouillage des institutions et montée des contestations armées, ces régimes militaires doivent gérer des défis multiples pour préserver leur stabilité.
Ouagadougou resserre son étau sur ses propres dirigeants
À Ouagadougou, la méfiance s’installe au sommet de l’État. Les autorités militaires ont adopté une mesure radicale : la confiscation des passeports de certains membres du gouvernement et d’officiers supérieurs de l’armée. Cette décision, inédite par son ampleur, ne se limite pas aux simples fonctionnaires. Elle cible également des responsables militaires de haut rang, reflétant une volonté de contrôle absolu sur les élites dirigeantes.
En limitant les déplacements de ses propres cadres, le régime cherche à éviter toute fuite d’informations stratégiques ou toute tentative de rapprochement avec des acteurs étrangers. Une telle approche, souvent synonyme de crise de confiance, révèle une fragilité croissante au sein des institutions. Cette mesure intervient alors que le Burkina Faso fait face à une insécurité chronique, malgré les déploiements massifs des Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP) et les opérations militaires en cours.
Les observateurs soulignent que ces restrictions illustrent les difficultés des régimes militaires à maintenir une cohésion interne. À mesure que les décisions se concentrent entre les mains d’un cercle restreint, les risques de divisions, de rivalités ou de défections deviennent des menaces tangibles pour la stabilité du pouvoir.
Niamey face à une opposition armée déterminée
Au Niger, la contestation prend une tournure militaire avec l’annonce d’une nouvelle offensive contre la junte. Le général Abdourahamane Tiani, à la tête de l’État après le renversement du président Mohamed Bazoum, doit désormais composer avec une opposition organisée et déterminée.
Le Front Patriotique pour la Libération (FPL), dirigé par Mohamed Salah, a réaffirmé sa volonté de renverser la junte. Libéré en juin 2026 après un échange d’otages impliquant le maréchal Khalifa Haftar, Mohamed Salah a repris ses activités avec un discours offensif. Il exige la libération de Mohamed Bazoum, qu’il considère comme le seul président légitime du pays, élu démocratiquement.
Cette nouvelle phase de la crise nigérienne marque un tournant. Alors que les autorités se concentrent sur la lutte contre les groupes jihadistes, elles doivent désormais faire face à une opposition armée revendiquant ouvertement un changement de régime. Cette multiplication des foyers de tension risque d’affaiblir davantage les capacités sécuritaires du pays, déjà mises à rude épreuve.
Des défis qui dépassent la lutte antiterroriste
Les événements récents au Burkina Faso et au Niger révèlent une réalité préoccupante : les juntes militaires doivent désormais gérer des crises internes qui menacent leur propre survie. À Ouagadougou, le verrouillage des institutions reflète une perte de confiance dans les élites dirigeantes. À Niamey, la contestation armée expose la fragilité d’un régime confronté à une opposition déterminée.
Ces défis multiples – sécurité, stabilité politique, cohésion interne – soulèvent une question cruciale : les régimes militaires du Sahel parviendront-ils à stabiliser leurs pays alors que les pressions s’accumulent ? Entre attaques jihadistes, critiques politiques, difficultés économiques et contestations internes, la région semble engagée dans une période d’incertitude prolongée. La capacité des juntes à surmonter ces défis déterminera l’avenir de la stabilité au Sahel.



