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Crise au Mali : offensive jihadiste et risques de partition du pays

crise au Mali : offensive jihadiste et risques de partition du pays

Au Mali, la junte militaire dirigée par le président Assimi Goïta, soutenue par des partenaires russes, subit une pression sans précédent depuis l’offensive lancée le 25 avril 2026 par les groupes jihadistes du JNIM (affilié à Al-Qaïda) et les indépendantistes du Front de Libération de l’Azawad (FLA). Cette attaque, d’une ampleur inédite depuis 2012, menace de faire basculer le Nord du pays sous contrôle rebelle, relançant les craintes d’une partition similaire à celle survenue il y a plus d’une décennie.

une offensive d’ampleur ciblant Bamako et le Nord malien

Le 25 avril 2026, une coalition regroupant le JNIM et le FLA a lancé une attaque simultanée sur cinq villes clés du Mali : Bamako, Kidal, Gao, Sévaré et Mopti. Cette opération marque un tournant dans la stratégie des groupes armés, qui ont combiné leurs forces pour la première fois depuis des années. Les combats ont particulièrement visé les positions des Forces Armées Maliennes (FAMa) et des mercenaires russes de l’Afrika Korps, entraînant des pertes humaines parmi les responsables de la junte.

bilan immédiat : villes perdues, dirigeants touchés

Dès les premières heures, plusieurs localités du Nord sont tombées sous le contrôle de la coalition rebelle :

  • Kidal, ainsi que les communes voisines comme Tessalit et Anéfis, sont désormais aux mains des groupes armés. D’autres villes comme Ber, Bourem, Gourma-Rharous et Tombouctou (encerclée) pourraient suivre, tandis que les bases militaires russo-maliennes résistent encore dans certaines zones.
  • Le général Sadio Camara, ministre de la Défense, a été tué lors des affrontements, et plusieurs hauts responsables, dont le général Modibo Koné (chef de l’Agence nationale de Sécurité d’État), ont été blessés. Le président Assimi Goïta aurait été évacué temporairement avant de réapparaître aux côtés de ses alliés russes.
  • Des rumeurs de dissensions internes au sein de la junte, impliquant notamment le général Malick Diaw, ont émergé, bien qu’aucune confirmation officielle n’ait été donnée.

Contrairement à 2012, cette offensive se distingue par plusieurs éléments :

  • Une coordination renforcée entre le JNIM et le FLA, avec une communication publique plus visible pour les indépendantistes touaregs, tandis que les leaders jihadistes restent dans l’ombre.
  • Une stratégie privilégiant les négociations et le désarmement des militaires malien, plutôt que l’affrontement direct, afin de faciliter une transition progressive du contrôle territorial.
  • Des pourparlers avec les mercenaires russes, négociant leur retrait sans résistance dans certaines zones, une approche inspirée des méthodes observées en Syrie.
  • Une fixation simultanée des FAMa au Centre et à Bamako, permettant aux rebelles de progresser dans le Nord.

un blocus de Bamako et une junte affaiblie

Dès le 28 avril, le JNIM a annoncé l’instauration d’un blocus complet autour de Bamako, strangulant la capitale en brûlant des camions de ravitaillement pour asphyxier le régime. La junte, bien que toujours debout, peine à organiser des escortes pour maintenir un approvisionnement minimal. Face à cette crise, des figures de la société civile, comme l’homme politique Oumar Mariko ou l’imam Mahmoud Dicko, appellent à des négociations urgentes avec les groupes armés, critiquant l’échec de la stratégie purement militaire du pouvoir.

Parallèlement, l’État Islamique Wilaya Sahel (EIWS) a tenté une percée vers Ménaka, mais a été repoussé par les forces russo-maliennes. Bien que non impliqué dans l’offensive conjointe, l’EIWS reste une menace persistante dans le Nord-Est.

des scénarios anticipés depuis des années

Cette situation, bien que dramatique, n’est pas une surprise. Dès 2022, des analyses prospectives avaient mis en garde contre l’illusion d’une solution militaire russe au Mali. L’assistance de Moscou, loin de stabiliser le pays, a en réalité aggravé les tensions avec les populations locales et n’a pas permis de contenir l’expansion du JNIM. Plusieurs scénarios avaient été envisagés :

  • Une reprise des affrontements entre la CMA (Coalition des Mouvements de l’Azawad) et les FAMa, avec une alliance objective entre la CMA et le JNIM pour reprendre le contrôle du Nord.
  • La fragmentation du Centre du Mali, avec une infiltration progressive du JNIM et des milices communautaires incapables de résister.
  • Un encerclement de Bamako, sans occupation directe, mais avec une pression constante pour affaiblir la junte.
  • À terme, une négociation politique imposée par l’effondrement de l’État ou une intervention extérieure.

Ces prédictions se confirment aujourd’hui. La chute du Nord et du Centre du Mali semble inéluctable, tandis que le partenariat avec la Russie montre des signes de fragilité croissante. Les désaccords entre Assimi Goïta et ses alliés russes, exacerbés par les défaites militaires, pourraient précipiter un changement de stratégie à Bamako.

quelles perspectives pour le Mali à court terme ?

Militairement, la coalition JNIM/FLA devrait poursuivre sa progression dans le Nord, négociant le départ des Russes avant de s’emparer de Gao et Tombouctou. La désertion massive des soldats maliens, déjà observée en 2012, pourrait s’accélérer sous la double pression des combats et des négociations. Seuls les drones TB2 (malien et burkinabé) pourraient ralentir cette avancée, bien que leur destruction par les groupes armés reste probable.

Le contrôle du Nord par les rebelles ne signifiera pas nécessairement une application stricte de la charia. Le JNIM, conscient des erreurs des années 2012-2013, privilégie désormais une approche plus modérée pour gagner la légitimité des populations locales. Le FLA, de son côté, cherche une autonomie de facto sans rupture politique avec Bamako. Cette stratégie réduit les risques d’un nouveau conflit ouvert avec les groupes arabo-touaregs.

Cependant, deux fronts supplémentaires pourraient épuiser les ressources des groupes armés :

  • La lutte contre l’EIWS dans la région de Ménaka.
  • Les représailles contre les incursions aériennes des FAMa et des armées régionales (Burkina Faso, Niger).

Dans le Centre du Mali, le JNIM devrait intensifier ses attaques contre les garnisons maliennes à Gossi, Boni, Hombori et Mopti, sans chercher à occuper les villes, mais en affaiblissant progressivement l’armée. Les violences contre les civils dans les villages réticents, comme Kori-Kori ou Gomossogou, pourraient cependant nuire à cette stratégie de légitimation.

la junte au pied du mur : négociations ou effondrement ?

Pour la junte, deux options s’offrent :

  • Poursuivre le partenariat avec la Russie, malgré son inefficacité avérée, pour maintenir une protection minimale à Bamako. Cette solution permettrait de tenir la capitale, mais au prix d’une perte définitive du Nord et du Centre.
  • Engager des négociations avec les groupes armés, sous la pression de la société civile ou des partenaires africains et internationaux. L’Algérie et la Mauritanie, déjà en contact avec le JNIM et le FLA, pourraient jouer un rôle de médiateur.

Le JNIM cherche depuis 2025 à normaliser son image, s’inspirant du modèle syrien du HTC (Hayat Tahrir al-Sham), qui a progressivement accepté un compromis avec la communauté internationale. Cependant, son allégeance persistante à Al-Qaïda et son absence de dialogue officiel avec les puissances étrangères compliquent cette démarche. Une reconnaissance internationale du groupe jihadiste semble donc peu probable, sauf à accepter une partition de facto du Mali.

quelles solutions pour la communauté internationale ?

Face à cette crise, plusieurs scénarios sont envisageables, mais aucun ne semble offrir une solution durable :

  • Une intervention militaire extérieure : peu probable, compte tenu du retrait des forces occidentales du Sahel et de l’absence d’engagement des puissances régionales (hors Algérie, dont la doctrine d’intervention est restrictive).
  • Un scénario de négociation : favorisé par les partenaires africains (Togo, Ghana) et potentiellement soutenu par les Européens. Cependant, le cadre politique actuel, marqué par l’intransigeance de la junte et l’absence de dialogue avec le JNIM, rend cette issue incertaine.
  • Une surveillance accrue des proto-États jihadistes : à long terme, la France et l’Europe devront adapter leur stratégie de sécurité, comme elles l’ont fait en Syrie et en Afghanistan, pour contenir une éventuelle menace terroriste émanant du Mali.

En définitive, la crise malienne révèle l’échec des solutions purement militaires et l’urgence d’un dialogue politique inclusif. Sans cela, le pays risque de sombrer dans une partition durable, avec des conséquences désastreuses pour la stabilité du Sahel et la sécurité internationale.