Crise footballistique en afrique : les tensions Sénégal-Maroc persistent après la finale de la can
Le Sénégal et le Maroc restent empêtrés dans un contentieux sportif et diplomatique qui dépasse le cadre du football. Quatre mois après la finale controversée de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) à Rabat, les relations entre Dakar et Rabat continuent de peser sur les échanges continentaux, comme en témoignent les récentes rencontres internationales.
Lors du sommet Afrique-France organisé à Nairobi, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a marqué les esprits en évoquant publiquement « une année 2026 spéciale » pour son pays, débutée par un titre de champion d’Afrique. Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il a lancé, ironique : « Merci à vous pour ce verdict ! », faisant référence à la décision controversée de la Confédération africaine de football (CAF) d’attribuer la victoire au Maroc (3-0) sur tapis vert, malgré la victoire des Lions de la Teranga sur le terrain (1-0 après prolongation).
Cette volte-face, qualifiée par la Fédération sénégalaise de football (FSF) de « braquage administratif », a poussé Dakar à saisir le Tribunal arbitral du sport (TAS) à Lausanne. Les mémoires de défense des deux parties sont désormais entre les mains de la juridiction suisse, et l’issue de ce litige pourrait s’étendre sur plusieurs mois, voire davantage.
Un évitement mutuel sur la scène diplomatique
Quatre mois après les incidents de la finale au stade Mouley-Abdellah de Rabat, le Maroc a choisi de ne pas participer activement aux débats sportifs du sommet de Nairobi. Si le Royaume avait envoyé son chef du gouvernement Aziz Akhannouch pour aborder des sujets économiques, aucun représentant officiel n’a pris part aux discussions footballistiques. « Ils n’ont pas jugé opportun de s’exprimer sur ce sujet », confie discrètement une source proche du dossier.
Du côté des organisateurs, la ministre déléguée française Eléonore Caroit a confirmé n’avoir « rien entendu sur le sujet » lors des tables rondes, tandis que son homologue des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a souligné que le litige, bien que non évoqué publiquement, restait un sujet de discussion dans les échanges bilatéraux. « Ce n’est pas que du football », a-t-il précisé.
Des conséquences au-delà du terrain
Le conflit dépasse largement le cadre sportif. Une affaire judiciaire oppose désormais les deux pays : un Français, frère d’un membre du staff sénégalais, accusé d’avoir jeté une bouteille d’eau sur des forces de l’ordre lors des incidents dans les tribunes, a purgé trois mois de prison à Rabat avant d’être libéré le 18 avril. Trois des dix-huit supporters sénégalais condamnés pour violences et dégradations ont également été remis en liberté à la même date, après avoir effectué un pèlerinage traditionnel au mausolée d’Ahmed Tidjani, près de Fès. Les quinze autres, condamnés à des peines allant de six mois à un an, restent incarcérés en attendant une éventuelle grâce royale, prérogative exclusive du roi Mohammed VI.
Diplomatie et football : un équilibre fragile
Malgré les tensions, les deux capitales affichent une volonté de préserver les apparences. À Rabat, on insiste sur « les relations religieuses et historiques qui unissent les deux pays, devant primer sur un match de football ». À Dakar, on tempère : « C’est une querelle entre frères, comme la langue et les dents qui parfois se mordent. La voie diplomatique doit jouer son rôle. Le Sénégal respecte la souveraineté de chaque pays et attend la même considération en retour. »
Ce contentieux a déjà eu des répercussions réglementaires. Lors du dernier congrès de la FIFA à Vancouver fin avril, l’International Football Association Board (IFAB) a adopté une mesure surnommée la « loi Pape Thiaw », du nom du sélectionneur sénégalais qui avait incité ses joueurs à quitter le terrain en signe de protestation contre un penalty accordé au Maroc en fin de match. Désormais, l’arbitre peut sanctionner un joueur ou un membre du staff qui incite à quitter le terrain par un carton rouge direct. Un délégué de la CAF présent à Vancouver a résumé avec une pointe d’humour : « L’objectif est d’éviter une ‘sénégalisation’ du football mondial. »
Entre recours juridiques à Lausanne, prisonniers à Rabat et rebondissements diplomatiques, la finale de la CAN 2026 s’annonce comme l’une des plus longues et complexes de l’histoire du football africain.



