Analyses

Stratégies financières pour réduire l’endettement du Sénégal

Face à une dette publique alarmante, des experts proposent des alternatives

Lors d’un colloque organisé à Dakar, des économistes ont insisté sur la nécessité pour le Sénégal d’adopter une diversification des sources d’endettement afin de limiter sa dépendance aux institutions financières multilatérales. Cette recommandation intervient alors que le taux d’endettement du pays atteint des niveaux critiques, dépassant les 130 % du produit intérieur brut.

Un audit complet de la dette publique sénégalaise

Parmi les propositions avancées, l’idée d’un audit intégral de la dette publique revient comme une priorité absolue. Les participants à cette rencontre économique ont souligné l’importance de clarifier l’ensemble des engagements financiers du pays, notamment ceux contractés entre 2019 et 2024. Cette transparence permettrait d’évaluer avec précision l’étendue de la crise et d’identifier les leviers d’action.

Élargir les partenariats financiers au-delà des institutions traditionnelles

Les experts ont également plaidé pour un élargissement des partenariats financiers du Sénégal, en ciblant des pays et des entités plus respectueux de la souveraineté nationale. Parmi les propositions, la Chine a été citée comme un partenaire potentiel, offrant des modalités de coopération plus adaptées aux besoins du pays.

Demba Moussa Dembélé, président de l’Africaine de recherche et de coopération pour l’appui au développement endogène, a insisté sur l’importance de sortir du système néocolonial en diversifiant les sources de financement. Selon lui, cette approche permettrait de réduire la pression exercée par les institutions financières internationales.

S’inspirer des stratégies d’autres pays émergents

Ali Zafar, conseiller économique au Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), a proposé de s’inspirer des stratégies mises en place par d’autres pays en développement. Il a notamment évoqué l’exemple de la Turquie, qui a su diversifier ses créanciers en s’ouvrant à de nouveaux partenaires comme l’Arabie saoudite.

Selon lui, le Sénégal pourrait également engager des discussions bilatérales avec la Chine pour bénéficier de son expertise en matière de gestion de la dette. Il a également souligné que le Fonds monétaire international (FMI) n’est pas la seule solution et que le pays doit négocier en position de force, en s’appuyant sur des contre-propositions solides.

Protéger les secteurs sociaux dans les négociations avec le FMI

Les participants ont insisté sur la nécessité de protéger les secteurs sociaux lors des négociations avec le FMI. Ali Zafar a mis en garde contre les risques de destiner l’intégralité des recettes publiques au remboursement de la dette, ce qui pourrait aggraver les inégalités et fragiliser les services publics essentiels comme l’éducation et la santé.

Il a également critiqué les règles imposées par le FMI aux États en difficulté, estimant qu’elles limitent la souveraineté des pays et ne permettent pas une sortie durable de la crise. Selon lui, le Sénégal doit adopter une approche plus autonome, voire envisager la création d’une banque centrale indépendante pour mieux contrôler sa politique monétaire et financière.

« Aucun pays d’Asie n’aurait accepté une situation similaire », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il existe des solutions concrètes pour le Sénégal afin de sortir de la crise de la dette sans recourir systématiquement au FMI.

Renforcer la souveraineté financière du Sénégal

Les discussions ont également porté sur la nécessité de renforcer la souveraineté financière du pays. Les experts ont souligné que le Sénégal doit mettre en place des mécanismes pour éviter de dépendre excessivement des prêts internationaux et des créanciers étrangers. Une refonte du système bancaire et une meilleure gestion des recettes publiques ont été proposées comme des pistes à explorer.

Les négociations entre le Sénégal et le FMI se poursuivent, mais les autorités sénégalaises semblent déterminées à explorer de nouvelles voies pour réduire la pression de la dette et retrouver une stabilité économique durable.