La dépendance énergétique du Bénin et du Togo face à leurs fournisseurs extérieurs atteint un seuil critique. Pour contrer cette vulnérabilité, les deux nations renforcent leur collaboration et investissent massivement dans des infrastructures communes, visant une souveraineté électrique durable.
Le 23 avril, l’incendie de la centrale ghanéenne d’Akosombo a privé la région de 1 000 mégawatts, bloquant immédiatement les exportations vers le Togo et le Bénin. Cet événement illustre une fois de plus la précarité des réseaux interconnectés : en cas de crise, chaque pays privilégie d’abord ses besoins internes. Déjà en 2024, les défaillances du Gazoduc Ouest-Africain avaient forcé le Togo à injecter 31 milliards de FCFA pour pallier l’absence de gaz nigérian. Ces incidents soulignent l’insuffisance de la Communauté Électrique du Bénin (CEB), créée en 1968, qui n’a jamais développé de capacité de production autonome.
Adjarala, un projet phare pour l’autonomie énergétique
L’urgence n’est plus seulement économique, elle est devenue stratégique. Le barrage d’Adjarala, sur le fleuve Mono, incarne cette nouvelle ambition. Avec un coût estimé à 266 milliards de FCFA et une puissance de 147 mégawatts, ce projet garantit une électricité stable pendant trois décennies. Il inclut également l’irrigation de 14 700 hectares de terres togolaises, renforçant ainsi l’agriculture locale. Pour les deux pays, cette initiative est cruciale : la zone économique spéciale de Glo-Djigbé au Bénin, investie à plus d’un milliard de dollars pour la transformation du coton et de l’anacarde, ainsi que la plateforme d’Adétikopé au Togo, ne peuvent plus dépendre des aléas énergétiques de leurs voisins. Une intégration renforcée des réseaux doit leur permettre de négocier en position de force avec les investisseurs internationaux.
Financer l’avenir grâce à l’épargne locale
Face au retrait progressif des bailleurs internationaux des énergies fossiles, Cotonou et Lomé cherchent des solutions de financement innovantes. Les deux États misent sur l’épargne nationale à long terme, en impliquant leurs Caisses Nationales de Sécurité Sociale (CNSS) et compagnies d’assurances, dont les réserves sont actuellement placées sur des titres publics à court terme. L’émission d’obligations énergétiques communes, garanties conjointement par les deux pays, pourrait transformer cette épargne sociale en un moteur puissant pour les infrastructures régionales.
Un partenariat politique inédit pour une souveraineté partagée
La visite officielle du président béninois Romuald Wadagni à Lomé, le 3 juin 2026, marque un tournant historique. Le communiqué conjoint signé par les deux dirigeants pose les fondations d’une coopération économique et infrastructurelle renforcée. Leurs ambitions convergent : le Bénin prévoit d’ajouter 100 mégawatts tous les deux ans à son réseau, tandis que le Togo vise l’accès universel à l’électricité d’ici 2030. Cet alignement politique inédit offre une opportunité unique pour concrétiser enfin une autonomie énergétique commune, libérant les deux nations de la menace des ruptures d’approvisionnement.



