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Mali : vives inquiétudes de l’ONU face à la répression et au blocage démocratique

Une situation politique et démocratique en chute libre

Le responsable des droits de l’homme des Nations Unies, Volker Türk, a exprimé jeudi son alarme face à la dégradation de la situation au Mali. Il souligne un recul significatif du processus démocratique, remplacé par un exercice du pouvoir de plus en plus autoritaire et répressif.

Au cœur des préoccupations se trouve une série de décisions prises par les autorités militaires en place depuis le coup d’État de 2020. Ces mesures consolident le pouvoir entre les mains du général Assimi Goïta, l’actuel chef de l’État. « Ces modifications juridiques ont fermé la porte à toute élection démocratique au Mali dans un avenir prévisible », a déclaré Volker Türk dans une communication officielle, insistant sur la nécessité de restaurer sans délai les libertés fondamentales du peuple malien.

La fin des élections et de la vie politique

Cinq ans après le renversement du président Ibrahim Boubacar Keïta, une action pourtant condamnée par le Conseil de sécurité de l’ONU, les engagements en faveur d’une transition vers un gouvernement civil semblent avoir été abandonnés. Le pays n’a organisé aucune élection présidentielle depuis celle de 2018.

Une loi adoptée le 8 juillet dernier autorise désormais le général Goïta à prolonger son mandat sans scrutin, « autant de fois que nécessaire, jusqu’à la pacification du pays ». Cette décision fait suite à un décret présidentiel datant de deux mois plus tôt, qui avait dissous l’ensemble des partis politiques et des « organisations à caractère politique ». Pour le Haut-Commissaire, ces actions constituent une violation directe du droit des citoyens maliens « de participer aux affaires publiques, de voter et d’être élus ».

Une répression systématique de la dissidence

Ce glissement institutionnel s’accompagne d’un climat sécuritaire de plus en plus tendu. L’ancien Premier ministre Moussa Mara en est un exemple frappant. Cet opposant notoire a été arrêté le 1er août sous les accusations d’« atteinte à la crédibilité de l’État et opposition à l’autorité légitime », après avoir publié un message sur le réseau social X pour exprimer sa « solidarité indéfectible avec les détenus d’opinion ».

Volker Türk a fermement condamné cette « instrumentalisation de la loi contre l’expression de la dissidence ». Il a également fait part de son inquiétude face à une augmentation notable des arrestations visant des Maliens de « tous les milieux de la société », réduits au silence par des motifs d’inculpation similaires à ceux utilisés contre M. Mara.

Violences contre les populations civiles

Le Mali continue de subir les assauts de groupes djihadistes, notamment le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, et Daech. Ces organisations terroristes sont actives dans la région frontalière entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Les autorités maliennes justifient leurs opérations militaires par la nécessité de combattre ces groupes, avec le soutien des mercenaires de l’Africa Corps, le successeur russe du Groupe Wagner.

Cependant, ces opérations militaires ont de lourdes conséquences pour les civils. Le bureau de Volker Türk rapporte, depuis le mois d’avril, des « centaines d’exécutions extrajudiciaires, d’arrestations et de détentions arbitraires, de disparitions forcées et d’autres enlèvements commis par toutes les parties au conflit ».

Le diagnostic des Nations Unies est sans équivoque pour un pays déjà fragilisé par une forte instabilité : la suspension des élections pour une durée indéterminée, couplée à une répression généralisée, menace d’enfermer le Mali dans une spirale durable d’impasse politique et de violence.