À Yaoundé, la direction de Camtel a reçu une délégation d’Amazon Web Services (AWS) pour échanger sur des collaborations potentielles. Judith Yah Sunday, directrice générale de l’opérateur public camerounais, était accompagnée de Raya Nassar et Terrence Naidoo, représentants du géant américain, ainsi que d’Antoinette Manyaga, représentante des services technologiques de l’ambassade des États-Unis. Les discussions ont porté sur trois axes majeurs : le cloud computing, l’intelligence artificielle et les solutions satellitaires. Pour l’instant, aucun engagement contractuel, calendrier précis ou budget n’a été dévoilé.
AWS, l’un des leaders mondiaux de l’informatique en nuage aux côtés de Microsoft Azure et Google Cloud, propose des services de stockage, de calcul et d’outils d’apprentissage automatique. Son intérêt pour le Cameroun reflète une stratégie d’expansion en Afrique centrale, une région encore peu dotée en infrastructures cloud locales.
Camtel mise sur le numérique pour diversifier son offre
L’opérateur historique camerounais accélère sa mutation vers les services numériques. En décembre 2025, il avait déjà signé un accord avec Ethio Telecom pour moderniser les réseaux, développer le paiement mobile et déployer des solutions cloud gouvernementales. En avril 2026, une délégation d’Avanti Communications avait été reçue pour étudier des solutions de connectivité par satellite, écartant temporairement l’option Starlink. Ces initiatives démontrent une volonté claire de passer d’un modèle axé sur la connectivité à une approche intégrant des services à plus forte valeur ajoutée.
Avec un réseau étendu de fibre optique, des infrastructures mobiles et des capacités d’hébergement local, Camtel ambitionne de devenir un acteur clé de la transformation numérique en Afrique subsaharienne d’ici 2030. Un partenariat avec AWS pourrait lui offrir un accès à des services cloud avancés, des solutions d’intelligence artificielle clés en main et un transfert de compétences pour ses équipes techniques.
La souveraineté des données au cœur des enjeux
Ce projet de collaboration soulève cependant des défis majeurs. La localisation des données est un point critique : un hébergement sur les infrastructures mondiales d’AWS, situées hors du Cameroun, pourrait exposer certaines données publiques ou stratégiques à des juridictions étrangères. À l’inverse, la création de zones de disponibilité locales nécessiterait des investissements colossaux, généralement réservés par AWS à des marchés comme l’Afrique du Sud, où des régions cloud sont déjà opérationnelles.
La facturation en dollars, indexée sur la consommation, pose également un défi pour les administrations camerounaises. D’autres questions, comme la cybersécurité, la continuité de service et la répartition des responsabilités entre Camtel et AWS, devront être clarifiées. Le cadre réglementaire camerounais en matière de protection des données imposera des contraintes strictes, notamment pour les traitements sensibles menés par les ministères et les entreprises publiques.
Quels scénarios pour ce partenariat ?
Plusieurs pistes de collaboration sont envisagées : revente de services AWS par Camtel, hébergement de solutions locales sur les infrastructures d’Amazon, formation des ingénieurs camerounais aux outils du groupe, ou co-développement de cas d’usage d’intelligence artificielle pour les administrations. Aucun de ces scénarios n’a encore été validé. La rencontre actuelle reste une première prise de contact, dont l’impact dépendra des projets finalement retenus.
Le Cameroun s’inscrit dans une dynamique régionale où les gouvernements d’Afrique francophone multiplient les partenariats avec les hyperscalers pour combler leur retard en infrastructures numériques, tout en cherchant à préserver leur souveraineté sur les données stratégiques. Pour Camtel, l’enjeu sera de transformer ces discussions en une offre commerciale adaptée à un marché exigeant en termes de prix et de conformité réglementaire. Aucune annonce officielle n’a été faite à l’issue de cette réunion.



