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Téléphones importés au Cameroun : la réforme douanière est-elle un levier durable pour les finances publiques ?

Depuis avril 2026, la direction générale des douanes du Cameroun a collecté 1,8 milliard de FCFA (environ 2,7 millions d’euros) de droits et taxes sur les téléphones, tablettes et terminaux numériques importés. Avant la réforme, ces dédouanements ne rapportaient que 100 millions de francs par mois. Ce nouveau mécanisme, qui mise sur la digitalisation, suscite des tensions chez les importateurs, tandis que l’administration douanière met en avant des objectifs fiscaux, sécuritaires et économiques. La question se pose : ce dispositif peut-il financer durablement l’État sans pénaliser le marché ?

À Yaoundé, le marché des téléphones sous tension

L’avenue Kennedy, à Yaoundé, est le principal point de vente des téléphones portables importés au Cameroun. Seydou, importateur de téléphones d’occasion, rencontre des difficultés avec le nouveau système de déclaration et de dédouanement : « On importe des téléphones d’occasion vendus entre 20 000 et 25 000 francs CFA. Ils sont dédouanés à l’aéroport, mais les douaniers n’enregistrent pas leur numéro de série. Quand on les vend, les clients reviennent en disant qu’ils reçoivent des messages annonçant le blocage de leur téléphone. »

Depuis le 1er avril, les prix ont augmenté, selon ce revendeur. « Les clients ne sont pas intéressés par les téléphones non dédouanés, mais ils ne peuvent pas non plus payer le prix des téléphones dédouanés. Cela nous cause beaucoup de préjudices », témoigne Gérard Fontem. Certains modèles ont presque doublé, passant de 45 000 à 85 000 francs CFA.

« Ceux qui estiment que le prix a augmenté, ce sont ceux qui ne payaient pas »

Pour Paul Olivier Libii, inspecteur principal des douanes et point focal de la réforme à la direction générale des douanes à Yaoundé, les importateurs ne sont pas asphyxiés : « Ceux qui estiment que le prix du téléphone a augmenté, ce sont ceux qui ne payaient pas leurs taxes. Pour ceux qui payaient sur la base de la valeur transactionnelle à 66 %, le prix va plutôt diminuer. Mais ceux qui ne payaient pas utilisaient le droit de douane comme variable d’ajustement pour mettre à mal ceux qui payaient. Le nouveau mécanisme met tout le monde au même niveau. »

Un système de collecte digitalisé, pas une nouvelle taxe

Le dispositif ne constitue pas une nouvelle taxe, mais un nouveau système de collecte fondé sur la digitalisation, soutient Paul Olivier Libii : « La valeur transactionnelle a été divisée par quatre, voire par sept. Nous avons huit catégories de collecte qui vont de 5 000 à 400 000 francs CFA. Ensuite, le taux global est passé de 67 % à 33,33 %. Ce sont des méthodes de facilité. » Environ cinq millions de téléphones échapperaient encore au système, mais les services des douanes promettent de les retrouver.

Quels enjeux pour l’avenir ?

Entre recettes records et mécontentement des importateurs, ce mécanisme interroge sur sa capacité à équilibrer les finances publiques et à préserver l’accès aux téléphones importés. L’avenir dira si ce modèle de collecte digitalisée peut s’inscrire dans la durée sans créer de nouvelles distorsions sur le marché camerounais.

Ousmane Haïdara
Politique et sécurité