Sénégal
La candidature de Macky Sall à la tête des Nations unies suscite une vive polémique au Sénégal. À peine quelques jours après avoir été officiellement désigné comme candidat à la succession d’António Guterres, l’ancien président a regagné Dakar pour s’entretenir avec son successeur, Bassirou Diomaye Faye. Une rencontre qui a immédiatement déclenché l’indignation des collectifs représentant les familles des victimes des violences politiques sous son mandat.
Porté par le Burundi, alors président en exercice de l’Union africaine, Macky Sall met en avant son parcours international, notamment son rôle à la tête de l’organisation panafricaine entre février 2022 et février 2023. Son objectif affiché ? Défendre les intérêts du continent africain au sein des grandes instances mondiales.
Pourtant, au Sénégal, cette ambition se heurte aux critiques acerbes du gouvernement actuel et des associations de victimes. Ces dernières accusent l’exécutif précédent d’avoir réprimé sans pitié les mouvements de contestation entre 2021 et 2024, causant la mort de plusieurs dizaines de personnes selon leurs estimations.
Mouhamed Fadel Bodian, porte-parole d’un collectif de familles endeuillées, exprime sans détour son inquiétude quant à cette rencontre diplomatique.
« L’audience accordée par le président Bassirou Diomaye Faye à Macky Sall pour évoquer sa candidature à la tête de l’ONU nous semble totalement inappropriée. Nous refusons catégoriquement que le Sénégal apporte son soutien à un homme dont le bilan est si controversé », déclare-t-il avec fermeté.
Boubacar Sèye, président d’une association de victimes, revient quant à lui sur les conséquences tragiques des années Sall.
« Comment oublier que l’une des périodes les plus sombres de notre histoire récente coïncide avec son passage au pouvoir ? Des dizaines de vies ont été brisées lors des affrontements politiques, et nous ne pouvons cautionner son retour sur la scène internationale », rappelle-t-il avec émotion.
Guy Marius Sagna, député du parti majoritaire Pastef, va plus loin en qualifiant la visite de l’ancien président de « nouvelle insulte » envers les familles des victimes.
« Pour nous, cette entrevue symbolise une nouvelle fois l’injustice subie par ceux qui ont tout sacrifié pour la démocratie sénégalaise entre 2021 et 2024. Leur combat mérite respect et dignité, pas des hommages hypocrites », tonne-t-il.
Sur la scène internationale, la course à la succession d’António Guterres s’intensifie avec deux candidats déjà déclarés : Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili, et Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Le Costa Rica a également proposé la candidature de Rebeca Grynspan, ancienne vice-présidente, bien que sa candidature ne soit pas encore officiellement enregistrée.
Une dynamique inédite se dessine par ailleurs : plusieurs États militent pour que l’ONU connaisse sa première femme secrétaire générale. Le Conseil de sécurité devrait entamer l’examen formel des dossiers avant la fin du mois de juillet, avant que l’Assemblée générale ne tranche définitivement en désignant le futur dirigeant pour un mandat de cinq ans, renouvelable.
Pour Macky Sall, cette candidature représente bien plus qu’une simple ambition personnelle. Elle incarne un défi mémoriel et politique pour le Sénégal, où la question de la réconciliation nationale reste plus que jamais d’actualité.



