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Sécurité et commerce Cameroun-Nigeria : quand la stabilité transforme les économies locales

Depuis plusieurs années, le corridor reliant le nord du Nigeria à l’Extrême-Nord camerounais a subi les assauts répétés de Boko Haram, asphyxiant les échanges commerciaux et plongeant les populations dans une précarité économique sans précédent. Mais avec le renforcement des dispositifs sécuritaires, une lueur d’espoir émerge : les flux commerciaux reprennent progressivement, et leurs retombées se font déjà sentir sur le terrain, pour les habitants comme pour les finances publiques.

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Un convoi de camions en provenance du Nigeria stationne à Kourgui, région de l'Extrême-Nord du Cameroun.

Un axe commercial stratégique revitalisé par la sécurité

Les lourds camions chargés de marchandises qui traversent désormais la frontière entre le Nigeria et le Cameroun, malgré les cicatrices de la décennie de violences, sont le symbole tangible d’une reprise en marche. Leur circulation matérialise la fin d’une ère où les attaques terroristes paralysaient les axes routiers et condamnaient les populations des deux pays à une économie de survie.

Aboubacar Mahamed, transporteur nigérian, raconte son expérience récente : « Notre convoi est parti de Kano, a traversé Maiduguri puis Banki avant d’atteindre Kourgui au Cameroun. Aucun incident n’a été signalé. La sécurité est effective entre Kourgui, Amchidé et Yagoua. » Cependant, il tempère son enthousiasme : « Même avec les efforts des soldats camerounais, il reste des précautions à prendre. Si un véhicule tombe en panne entre 18 heures et 19 heures, mieux vaut attendre le lendemain matin pour reprendre la route en toute sérénité. »

Des douanes réouvertes, une activité économique relancée

Le poste frontalier de Limani, fermé en 2014 en raison des exactions de Boko Haram, a rouvert ses portes il y a sept ans. Ce site, autrefois déserté par les échanges, est aujourd’hui animé par un ballet incessant de camions. Cette réouverture marque un tournant : le Cameroun y exporte du bétail et des produits vivriers vers le Nigeria, tout en important des carburants, des textiles et des équipements électroniques.

Célestin Delanga, spécialiste des questions sécuritaires au bassin du lac Tchad, analyse cette dynamique : « Ce corridor ne se contente pas de relancer les échanges : il assure une sécurité économique indispensable. La reprise des flux et le renforcement des dispositifs le long des axes transfrontaliers ont redynamisé le commerce. »

Un bouclier contre les crises climatiques

L’Extrême-Nord du Cameroun, régulièrement frappé par des inondations ou des sécheresses, trouve dans ce commerce transfrontalier une véritable bouée de sauvetage. Célestin Delanga précise : « Il y a deux ans, des inondations ont détruit les cultures et les moyens de subsistance. Cette année, la sécheresse menace les récoltes. Le commerce transfrontalier devient ainsi une solution de dernier recours, offrant aux populations une alternative pour subvenir à leurs besoins. »

Des recettes douanières explosives : chiffres et enjeux

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en neuf mois seulement, les recettes douanières générées par cet axe commercial ont atteint 741 milliards de francs CFA en 2026, contre seulement un milliard en 2023. Une progression spectaculaire qui témoigne non seulement de la reprise, mais aussi de la capacité de l’État à tirer parti de cette stabilisation.

Ce redressement économique ne se limite pas à un simple redressement des comptes publics. Ses répercussions sur le quotidien des habitants sont immédiates : création d’emplois, approvisionnement garanti des marchés locaux, et surtout, une lueur d’espoir dans une région longtemps marquée par l’insécurité et les pénuries.

Alors que la sécurité reste un enjeu quotidien — avec des horaires de circulation adaptés et des dispositifs renforcés —, cette revitalisation du corridor Cameroun-Nigeria s’impose comme une priorité stratégique pour les années à venir. Une chose est sûre : la stabilité, même fragile, est devenue le moteur d’une économie en reconstruction.

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Ousmane Haïdara
Journaliste