Un protocole d’accord a été signé la semaine dernière entre Shell et le ministère du Pétrole du Gabon. Pour de nombreux observateurs, cet accord constitue un signe fort de l’attractivité retrouvée du pays, notamment pour ses gisements offshore. La compagnie britannique suit ainsi les traces d’ExxonMobil et BP, qui s’étaient déjà intéressées aux zones en eaux profondes il y a moins d’un an. Tout porte à croire que le Gabon redevient une destination prisée des majors pétrolières. Cependant, une analyse plus approfondie invite à tempérer cet enthousiasme.
Ce document n’est en réalité qu’une simple déclaration d’intention, sans engagement ferme. Le chemin vers l’extraction et la vente de pétrole est encore long et semé d’embûches. Shell pourrait très bien se rétracter ultérieurement : des résultats de recherches décevants, une baisse du prix du brut ou la découverte d’un pays plus rentable pourraient la faire renoncer, sans aucune pénalité. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le Gabon et Shell croisent leurs destins. Le groupe britannique était déjà présent par le passé, avant de quitter le pays en 2017, puis définitivement en 2019. Aujourd’hui, son retour répond avant tout à sa propre stratégie, et non à une faveur faite au Gabon.
C’est précisément sur ce point que le gouvernement gabonais dispose d’une certaine marge de manœuvre. Il lui faudra négocier avec habileté : quelle part des revenus reviendra à l’État ? Combien d’emplois et de formations seront réservés aux Gabonais ? Et surtout, comment l’argent sera-t-il géré et investi pour préparer l’avenir, plutôt que d’être dépensé immédiatement ? Il faut rappeler que la production commerciale ne débutera pas avant sept à quinze ans. Les retombées budgétaires et pour l’emploi ne se concrétiseront donc qu’entre 2033 et 2036 au mieux. Entre les campagnes sismiques, les forages d’appréciation et la réactivation des chaînes de sous-traitance, le chemin est long.
Le Gabon n’est pas le seul pays africain confronté à ces enjeux. L’Angola et le Nigeria ont su négocier pour tirer le maximum de bénéfices de ce type de transactions : seuil de récupération des coûts, part de l’État selon la rentabilité, transparence et suivi. Rien n’a été laissé au hasard. Le véritable problème n’est donc pas d’attirer Shell, mais de déterminer à quelles conditions. Alors que les voisins durcissent leurs règles pour transformer les bénéfices pétroliers, surtout offshore, en développement tangible, le Gabon semble négocier avec les mêmes outils qui ont conduit aux échecs des trente dernières années. Shell le sait parfaitement : elle signe des protocoles d’accord identiques partout dans le monde. Ce qui fait la différence, c’est ce que le pays hôte impose ensuite.



