Depuis l’instauration du multipartisme issue de la Conférence nationale de 1990, la vie politique gabonaise se caractérise par des échanges vigoureux, signe d’une démocratie parfois agitée, mais toujours porteuse d’espoir. Les partis politiques ont toujours marqué leur présence à travers des positions tranchées, des critiques ciblées et, le cas échéant, des appuis mesurés à l’action publique.
Cependant, ces derniers temps, l’espace public semble s’être appauvri. Une forme de mutisme s’est installée, réduisant les échanges à quelques déclarations isolées du Rassemblement pour la patrie et la modernité (RPM) de Barro Chambrier, du Parti démocratique gabonais (PDG), d’un cercle restreint de formations de la « mouvance présidentielle » et de quelques figures de l’opposition. Un paysage politique terne où le dialogue manque cruellement, et où les enjeux nationaux s’effacent trop souvent au profit des calculs partisans.
C’est dans ce contexte que la récente intervention de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), le parti du président Brice Clotaire Oligui Nguema, longtemps perçu comme discret, a marqué les esprits. En brisant l’omerta sur la crise de la SEEG, cette formation a rappelé une vérité essentielle : le débat n’est pas un luxe, mais une nécessité vitale. Même si cette prise de parole survient tardivement, elle ranime l’espoir d’un retour durable de la vitalité démocratique. Attention toutefois : ce sursaut doit s’inscrire dans la durée.
Avec l’adoption de la nouvelle loi sur les partis politiques, nombreux sont ceux qui, dans l’attente d’une reconnaissance officielle, préfèrent garder un silence prudent. Stratégie de survie ou simple prudence ? Peu importe. Car une démocratie ne peut fonctionner à vide. Elle exige des réactions, des confrontations et des discussions franches sur les défis brûlants : pouvoir d’achat, emploi, santé, éducation, logement, énergie, et surtout les mesures mises en place par les nouvelles autorités pour améliorer le quotidien des Gabonais. Il ne s’agit pas de critiquer pour critiquer, mais de proposer un échange utile et constructif, capable d’éclairer l’action gouvernementale et de corriger les erreurs quand cela s’impose. Un débat qui épaule le président Oligui Nguema dans sa mission, tout en le protégeant des dérives possibles de l’administration, des acteurs privés ou des citoyens.
Notre nation, engagée dans une période charnière, ne peut plus se permettre de laisser le débat politique s’étioler. Certains pourraient soutenir qu’il n’a jamais nourri personne ou transformé le pays, mais il doit investir les espaces dédiés : le Parlement, les médias, les réseaux sociaux, les universités et tous les lieux de réflexion. Il faut l’accepter, le structurer et l’encadrer. Car si les partis politiques, garants d’une mission constitutionnelle, se retirent, c’est la rue qui s’emparera seule de la parole. Et personne ne souhaite en arriver là.
Les partis ont un devoir imprescriptible : faire vivre le débat, non par calcul, mais par exigence démocratique. C’est à cette condition que les institutions se renforceront, que la gouvernance progressera et que le Gabon avancera dans la transparence. L’heure est venue de réinvestir pleinement l’arène politique, sans crainte ni arrière-pensées.



