En République démocratique du Congo (rdc), le bras de fer autour de la réforme de la Constitution prend une dimension judiciaire inédite. Réunis à Kinshasa, les dirigeants de la Coalition Article 64 (C64) ont tiré un bilan positif de leur journée « ville morte » organisée la veille. Selon leurs déclarations, plusieurs grandes villes du pays auraient respecté l’appel à la mobilisation, contredisant ainsi la version officielle qui limitait l’adhésion à la seule capitale. Cet événement marquait un test stratégique pour évaluer l’influence de l’opposition sur les décisions institutionnelles soutenues par la majorité présidentielle.
une coalition déterminée à contrer la réforme constitutionnelle
La C64 s’articule autour de la défense de l’article 64 de la Constitution congolaise, qui garantit aux citoyens le droit de s’opposer à toute prise de pouvoir illégitime ou antidémocratique. Parmi ses figures de proue, l’opposant Delly Sesanga a mis en avant l’ampleur de la mobilisation dans des villes éloignées de Kinshasa. La coalition s’affirme désormais comme un acteur clé dans la contestation du projet de révision constitutionnelle porté par le camp présidentiel.
Le débat sur cette réforme n’est pas récent, mais il s’est intensifié à mesure que des membres de la majorité évoquaient la nécessité de modifier le texte fondamental. Pour l’opposition, cette initiative cache une tentative de contourner la limite des deux mandats présidentiels consécutifs, un principe constitutionnel hérité de l’ère post-Mobutu et considéré comme un rempart contre les dérives autoritaires.
une plainte contre le président tshisekedi, une stratégie risquée mais calculée
L’annonce la plus significative de cette réunion réside dans le dépôt imminent d’une plainte visant Félix Tshisekedi, accusé de vouloir renverser l’ordre constitutionnel. En qualifiant les faits de « tentative de renversement », la coalition place délibérément le débat sur le terrain judiciaire, où elle espère mobiliser magistrats, avocats et société civile. Cette approche transforme une opposition politique en dossier juridique, susceptible d’avoir un écho bien plus large.
Bien que personne ne s’attende à une condamnation rapide du président en exercice, cette initiative envoie un message fort : celui d’un pouvoir soupçonné de vouloir s’affranchir des règles démocratiques. Pour Delly Sesanga et ses alliés, l’objectif est double : tracer une ligne rouge infranchissable et forcer la majorité à clarifier ses intentions, notamment sur la durée des mandats et l’étendue réelle de la révision constitutionnelle.
rdc : un contexte politique explosif
La situation en rdc reste particulièrement tendue. À l’Est, la sécurité se dégrade avec l’activité du groupe M23, tandis que les tensions diplomatiques avec le Rwanda s’intensifient. Sur le plan intérieur, la réforme constitutionnelle ajoute une nouvelle fracture entre Kinshasa et une opposition divisée mais résolue à se structurer autour d’objectifs clairs. La C64 mise sur cette unité pour renforcer son influence et peser dans les négociations.
L’efficacité de la journée « ville morte » reste cependant sujette à débat. Les autorités minimisent son impact, tandis que la coalition revendique un succès dépassant largement la capitale. Sans chiffres indépendants, il est difficile d’évaluer précisément l’ampleur de la mobilisation. La capacité de la C64 à maintenir la pression dans le temps et à rallier davantage de figures politiques et de relais provinciaux sera déterminante pour son avenir politique.
Les observateurs notent que le cas congolais s’inscrit dans une tendance continentale, où la question de la limitation des mandats divise de nombreux pays, du Sénégal à plusieurs États d’Afrique de l’Ouest. Chaque épisode de ce type contribue à façonner les normes de gouvernance en Afrique et influence les attentes des partenaires internationaux. La coalition a d’ores et déjà annoncé son intention de poursuivre la mobilisation, tout en transférant progressivement son action vers le terrain judiciaire.



