Actualités

Rdc : il est urgent que les autorités cessent de soutenir un groupe armé accusé de crimes de guerre

Un groupe armé bénéficiant du soutien des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) est accusé d’avoir tué, torturé et pillé des civils, ainsi que d’avoir enlevé des femmes pour les réduire en esclavage sexuel dans le territoire de Rutshuru, à l’est de la RDC. C’est ce que révèle une enquête d’Amnesty International publiée ce 25 juin.

Le Collectif des mouvements pour le changement-Forces de défense du peuple (CMC-FDP) est l’un des nombreux groupes composant les Wazalendo, une coalition lâche de milices que l’armée congolaise utilise comme supplétifs dans sa lutte contre le Mouvement du 23 mars (M23), soutenu par le Rwanda. Le CMC-FDP opère principalement dans le groupement de Bukombo, actuellement sous contrôle du M23.

« Les civils qui vivent à Bukombo ou dans les environs sont pris en étau entre la brutalité du M23 et celle du CMC-FDP. Ce qu’ils endurent au quotidien est terrible, surtout dans les zones isolées où le CMC-FDP agit en toute impunité », déclare Tigere Chagutah, directeur régional pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe à Amnesty International.

Le groupe conserve des bases isolées à Bukombo et cible des civils, souvent de nuit ou dans des zones où le M23 est moins présent. Après des affrontements, des combattants du CMC-FDP se sont vengés sur des personnes soupçonnées d’avoir des liens avec le M23. Ces violations du droit international humanitaire pourraient constituer des crimes de guerre.

« Les autorités congolaises condamnent souvent les violences du M23, comme il se doit, mais ignorent celles commises par les Wazalendo, y compris le CMC-FDP. En réalité, elles cautionnent ces crimes et se dérobent à leur obligation de protéger les civils et de traduire les coupables en justice. La communauté internationale doit faire pression sur le gouvernement pour qu’il cesse immédiatement de soutenir ces groupes armés », ajoute M. Chagutah.

Entre mars et avril 2026, Amnesty International a mené des entretiens à distance avec 16 victimes, survivantes de viols et agressions sexuelles, et membres de familles de civils tués, violés, torturés ou enlevés par le CMC-FDP entre juin et décembre 2025. L’organisation a également recueilli des informations crédibles de défenseurs des droits humains sur des exécutions sommaires et des incendies de maisons.

Le 8 juin 2026, Amnesty a écrit au CMC-FDP pour l’informer de ses constatations. Le porte-parole, Héritier Donald Gashegu, a répondu le 16 juin en niant toute responsabilité et en affirmant que le groupe « demeure attaché au respect des droits humains et à la discipline de ses combattants ».

Viols et violences sexuelles contre les femmes

Une jeune femme d’une vingtaine d’années a raconté à Amnesty qu’après que son mari a rejoint le M23 en mai 2025, des combattants du CMC-FDP l’ont enlevée chez elle et détenue pendant trois mois. « Ils m’ont donné le choix : soit je partais avec eux, soit ils me tuaient », a-t-elle dit. Elle a été forcée de devenir la « femme » d’un commandant, qui l’a violée à de nombreuses reprises. Elle a fui lorsque le M23 a attaqué le camp.

Une autre femme de 22 ans a déclaré avoir été enlevée en juin 2025 après que son mari a rejoint le M23. Emmenée sur une base à Mudugudu, elle a été contrainte d’être l’« épouse » d’un commandant. « Il a dit : “Si tu ne couches pas avec moi, je te tue.” » Elle a vu quatre autres femmes dans la même situation et des civils détenus et maltraités. Ces actes s’apparentent au crime de guerre de prise d’otage.

Les deux victimes ont été détenues dans des conditions d’esclavage sexuel et ont contracté des infections sexuellement transmissibles. Beaucoup d’autres victimes n’ont pas accès à des soins adéquats. L’esclavage sexuel en temps de conflit constitue une grave violation du droit international humanitaire.

Le CMC-FDP « rejette catégoriquement » ces allégations, affirmant n’avoir reçu aucune plainte officielle. Cependant, les dirigeants auraient dû être au courant des violences et pourraient être considérés comme complices s’ils n’ont pas agi pour les empêcher.

Mauvais traitements et violences contre les femmes

Le 20 novembre 2025, huit personnes, dont une femme enceinte et son mari, se sont cachées dans une bananeraie à Mashango lors d’un échange de tirs. Des combattants armés les ont retrouvées, ont pillé leurs biens, brûlé leurs maisons et tué le mari à la machette. La femme a accouché seule dans la forêt ce jour-là.

Une autre femme enceinte a expliqué que des combattants du CMC-FDP sont venus chez elle en juillet 2025, l’ont frappée et blessée avec un couteau, provoquant une fausse couche. Le groupe a nié les allégations de pillage et d’incendie.

Homicides par vengeance et exécutions sommaires

Neuf victimes ont indiqué que des combattants du CMC-FDP avaient tué leurs maris ou les avaient enlevées parce que leurs proches avaient rejoint le M23. Une femme de 35 ans a raconté qu’un commandant est venu chez elle en novembre 2025, a tiré sur son mari sous les yeux de leurs enfants, et l’a tué. Elle a appris plus tard que son fils de 15 ans, parti rejoindre le M23, était également mort.

« Ils lui ont tiré à trois reprises dans la poitrine et dans les parties génitales. Après l’avoir abattu, ils ont pillé la maison. Ils sont repartis avec quatre chèvres, des vêtements et des marmites », a déclaré Elisabeth*, une autre victime.

Le CMC-FDP n’a pas précisé les mesures prises pour enquêter sur ces homicides, affirmant manquer d’informations.

Extorsion et menaces

Avant l’arrivée du M23, le CMC-FDP prélevait un impôt appelé lala salama (« dormir paisiblement ») sur les habitants. Un homme a déclaré que son fils avait rejoint le M23 après avoir été extorqué à plusieurs reprises. Il a donné 300 dollars aux combattants, qui l’ont frappé et brûlé ses maisons. Une femme de 20 ans, Justine*, a été fouettée et attachée par des combattants qui cherchaient son mari, avant d’être aidée à s’échapper par un combattant.

Le CMC-FDP a nié toute pratique d’extorsion, mais les dirigeants auraient dû être au courant et auraient dû enquêter.

Soutien de l’armée congolaise au CMC-FDP

En mai 2023, la RDC a adopté une loi intégrant certains groupes armés locaux, dont le CMC-FDP, dans la Réserve armée de la défense pour combattre le M23. Les FARDC fournissent armes, munitions et financement. En décembre 2025, le ministre des Finances a indiqué que l’État versait 4 millions de dollars par mois aux Wazalendo. Un document interne montre que le CMC-FDP a reçu plus de 100 000 cartouches et 100 roquettes des FARDC fin 2023 et début 2024.

En juillet 2024, l’Union européenne a sanctionné le commandant en chef du CMC-FDP, Dominique « Domi » Kamanzi Ndaruhutse, pour graves violations des droits humains. Il a combattu dans les groupes nyatura et collaboré avec les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), qui comptent d’anciens responsables du génocide de 1994.

« Il est inacceptable que l’armée congolaise continue à soutenir les combattants du CMC-FDP en dépit des terribles atteintes aux droits humains qu’ils infligent aux civils », conclut Tigere Chagutah. « Le groupe se livre à des violences effrénées depuis des années. Il faut que les autorités congolaises mettent fin immédiatement à la collaboration avec le CMC-FDP et les autres groupes wazalendo commettant des exactions, et qu’elles les amènent à rendre des comptes. »

* Les pseudonymes sont utilisés pour protéger l’identité des personnes interrogées.