Le Bénin vient d’entrer dans une nouvelle phase politique avec la formation du premier gouvernement de l’ère Romuald Wadagni. Dès son investiture le 25 mai 2026, le successeur de Patrice Talon a dévoilé une équipe resserrée de 24 membres, affichant clairement une orientation vers la continuité plutôt que vers une rupture radicale. Plusieurs portefeuilles clés restent confiés à des ministres déjà expérimentés, renforçant ainsi le statut de Wadagni comme héritier naturel de l’ancien chef de l’État, dont il fut longtemps le ministre de l’Économie et des Finances.
une continuité assumée pour garantir la stabilité économique
La composition de ce gouvernement, publiée à Cotonou, révèle une reconduction massive de figures issues de l’ère Talon. Cette stratégie vise à préserver la stabilité administrative et les performances macroéconomiques du pays, qui se distinguent par une croissance parmi les plus robustes de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Wadagni, ancien associé de Deloitte, a bâti sa crédibilité sur la rigueur financière et la gestion des marchés internationaux, un héritage qu’il compte bien conserver. Les ministères stratégiques comme ceux de l’Économie, des Infrastructures et du Numérique restent ainsi sous la responsabilité de personnalités proches de l’ancien président, assurant la poursuite des grands projets initiés sous son mandat : modernisation du port de Cotonou, développement des zones industrielles spéciales et accélération de la digitalisation des services publics.
un gouvernement féminin, mais sans influence politique majeure
Sur les 24 postes ministériels attribués, six sont occupés par des femmes, soit un quart de l’équipe. Si cette proportion n’est pas révolutionnaire, elle s’inscrit dans la tendance observée sous le quinquennat précédent. Cependant, aucune de ces nominations ne concerne les ministères régaliens, tous confiés à des hommes issus de l’entourage direct du président. Ce choix reflète une volonté de maintenir une ligne ferme, sans concession envers les forces extérieures à la majorité présidentielle, composée notamment du Bloc républicain et de l’Union progressiste le Renouveau.
Plusieurs figures de l’opposition avaient apporté leur soutien à Wadagni durant la campagne, espérant ainsi obtenir des postes clés. Aucune ne figure dans la liste finale, ce qui interroge sur la réalité du dialogue politique promis. Cette absence de représentation de l’opposition pourrait alimenter les tensions, d’autant que le climat préélectoral avait déjà été marqué par des débats houleux sur les conditions de participation des partis adverses.
un outil opérationnel pour relever les défis immédiats
La rapidité avec laquelle cette équipe a été constituée, dès les heures suivant la prestation de serment, témoigne d’une préparation minutieuse. Wadagni a visiblement tranché ses choix bien avant l’investiture, évitant ainsi les flottements institutionnels fréquents lors des alternances en Afrique de l’Ouest. Le gouvernement dispose désormais des moyens nécessaires pour aborder sans délai les enjeux urgents, qu’il s’agisse du suivi des engagements pris avec le Fonds monétaire international ou de la sécurisation des frontières nord du pays, exposées aux menaces jihadistes venues du Sahel.
Pourtant, cette équipe devra rapidement prouver sa légitimité au-delà des cercles économiques, rassurés par la continuité affichée. Les défis sociaux du Bénin, tels que la hausse du coût de la vie, l’insertion professionnelle des jeunes diplômés ou le dialogue avec la société civile, exigent des réponses concrètes. L’absence de toute ouverture politique dans ce gouvernement pourrait compliquer la tâche de l’exécutif, notamment à l’approche des échéances locales et législatives prévues en 2026. Ce calendrier législatif sera un premier indicateur de la capacité de Wadagni à gouverner avec pragmatisme, dans un paysage politique qu’il a choisi de ne pas élargir pour l’instant.



