Judith Suminwa à l’ONU: « La dignité des survivantes, la justice, les réparations et les services essentiels ne doivent plus être placés à la périphérie de la paix, mais au cœur de sa construction »
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La résolution 1325, adoptée à l’unanimité par le Conseil de sécurité des Nations unies le 31 octobre 2000, considérée comme un texte historique et le premier document officiel établissant un lien entre les droits des femmes et les questions de paix et de sécurité, a occupé une place centrale dans l’intervention de la Première ministre de la République démocratique du Congo, Judith Suminwa, lors de la 10190e séance du Conseil de sécurité consacrée aux femmes, à la paix et à la sécurité.
Placée sous le thème « Honorer la promesse du droit international envers les survivantes et survivants de violences sexuelles liées aux conflits », cette séance, présidée par Judith Suminwa dans le cadre de la présidence congolaise du Conseil de sécurité, a été l’occasion pour la cheffe du gouvernement d’attirer l’attention de la communauté internationale sur la nécessité de donner une application effective à cette résolution.
S’exprimant ce mercredi 8 juillet 2026 au nom de la République démocratique du Congo, un pays durement touché par les conflits armés et les violences sexuelles qui les accompagnent, Judith Suminwa a estimé que la communauté internationale devait désormais aller au-delà du simple constat des atrocités.
« Notre ambition ne peut plus être seulement de documenter l’horreur après qu’elle a eu lieu. Elle doit être de prévenir les conditions qui la rendent possible. Cela suppose une présence plus proche des communautés à risque, des mécanismes d’alerte précoce, une justice capable d’atteindre les auteurs, les complices et les commanditaires, des réparations effectives et un relèvement économique qui donne aux femmes non seulement une protection, mais aussi un véritable pouvoir » a déclaré la Première ministre.
Pour la cheffe du gouvernement congolais, cette approche implique également une meilleure compréhension des liens entre les violences sexuelles, le contrôle des territoires, les déplacements forcés, la circulation des armes, la traite des personnes, l’impunité et les économies de guerre.
« Si nous voulons prévenir ces crimes, nous devons regarder non seulement les actes commis, mais aussi les systèmes qui les rendent possibles. Cela suppose enfin que les processus de prévention et de paix intègrent ces questions dès le départ : dans les cessez-le-feu, les mécanismes de surveillance, les processus de désarmement, les réformes du secteur de la sécurité, les régimes de sanctions et les garanties de non-répétition. Lorsque des individus, des groupes ou des réseaux organisent, financent ou tirent profit de l’enlèvement, de la traite, de l’esclavage sexuel ou de l’exploitation sexuelle en situation de conflit, les outils du Conseil doivent pouvoir être mobilisés avec cohérence, notamment à travers ses comités de sanctions et leurs groupes d’experts », a-t-elle ajouté.
Par ailleurs, Judith Suminwa a souligné que la présidence congolaise du Conseil de sécurité avait choisi d’ouvrir ses travaux par la question des victimes, estimant qu’aucune architecture de paix ne pouvait être crédible si elle ne plaçait pas au centre celles et ceux qui ont payé le plus lourd tribut aux conflits.
Elle a également annoncé que, dans les prochains jours, le Conseil poursuivra sa réflexion sur les structures qui alimentent les conflits, les économies illicites qui les prolongent ainsi que sur les moyens de transformer la gouvernance des ressources naturelles en instruments de paix, de sécurité et de prospérité.
« Aujourd’hui, notre devoir premier est clair : écouter les survivantes et les survivants, reconnaître leurs droits, soutenir les réponses nationales et internationales, financer les services essentiels, combler les lacunes d’information, renforcer la coopération et faire de la lutte contre l’impunité une condition de la paix. À l’issue de nos travaux, un message doit être clair : les violences sexuelles liées aux conflits ne sont ni inévitables ni secondaires. La réponse ne peut pas se limiter à la condamnation. Elle doit inclure la prévention, la protection, la justice, les réparations, le relèvement économique, la reconnaissance des enfants nés de ces violences et les moyens nécessaires pour que les engagements deviennent des résultats », a déclaré la Première ministre.
Dans le même esprit, la cheffe du gouvernement a insisté sur le fait que la lutte contre les violences sexuelles liées aux conflits constitue non seulement un impératif moral, mais également une condition stratégique pour l’instauration d’une paix durable. Selon elle, la justice et les réparations ne doivent plus être considérées comme des questions périphériques, mais comme des éléments fondamentaux de la reconstruction des sociétés.
« La lutte contre les violences sexuelles liées aux conflits est un impératif moral, mais elle est aussi une exigence stratégique pour toute paix durable. On ne reconstruit pas une société en laissant ses survivantes sans justice. On ne reconstruit pas des communautés en abandonnant les enfants nés de ces violences au silence ou à la stigmatisation. On ne prévient pas les conflits en ignorant les économies qui les financent, les armes qui les prolongent, les réseaux qui exploitent les victimes et les systèmes de domination qui les accompagnent » a affirmé Mme Suminwa.
Elle a conclu en appelant les États membres à faire de la dignité des survivantes et des survivants le socle de toute stratégie de paix.
« Notre responsabilité commune est de faire en sorte que la dignité des survivantes et des survivants, les droits des enfants, la justice, les réparations et les services essentiels ne soient pas placés à la périphérie de la paix, mais au cœur même de sa construction. Plus de vingt-cinq ans après la résolution 1325, la prochaine étape de notre engagement ne peut pas être une nouvelle promesse. Elle doit être une promesse tenue. Parce qu’aucune ressource naturelle ne devrait être extraite au prix de la dignité humaine, parce qu’aucune économie ne devrait prospérer sur la souffrance des populations et parce qu’aucune paix durable ne peut être bâtie sur l’impunité », a-t-elle souligné.
La résolution 1325, adoptée à l’unanimité par le Conseil de sécurité des Nations Unies le 31 octobre 2000, est considérée comme un texte historique. Premier document officiel à établir un lien entre les droits des femmes et les questions de paix et de sécurité, elle appelle à leur pleine participation à la prévention, à la gestion et à la résolution des conflits, ainsi qu’aux processus de consolidation de la paix.
L’intervention de la Première ministre Judith Suminwa sur cette résolution intervient dans un contexte où les femmes de la République démocratique du Congo, particulièrement dans les zones en conflit, continuent d’être victimes de violences sexuelles commises dans un climat marqué par l’activisme des groupes armés locaux et étrangers. À cela s’ajoute l’agression rwandaise, selon les autorités congolaises, à travers la rébellion de l’AFC/M23, qui contribue à aggraver la vulnérabilité des femmes dans l’est du pays.
Les initiatives diplomatiques engagées pour mettre fin à cette crise et rétablir durablement la paix peinent à produire des résultats concrets. Si des avancées sont régulièrement annoncées sur le plan politique et diplomatique, la situation sur le terrain reste préoccupante, les différents protagonistes poursuivant les affrontements tout en s’accusant mutuellement de ne pas respecter les engagements pris
Clément MUAMBA



