Le Mali face à une hypothèse de frappes américaines contre le JNIM
L’administration américaine, sous la présidence de Donald Trump, étudie la possibilité de lancer des frappes militaires ciblées au Mali contre le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda. Bien qu’aucune décision ne soit encore arrêtée, cette option suscite déjà des débats au sein des responsables politiques à Washington. Sur le terrain, à Bamako, les avis sont tout aussi partagés entre espoirs et craintes.
Considéré comme le groupe jihadiste le plus redoutable du Sahel, le JNIM étend désormais sa menace bien au-delà des frontières maliennes, menaçant plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. Washington justifie cette réflexion par l’échec perçu des partenariats sécuritaires actuels, notamment avec la Russie, dont les forces sont déjà déployées sur le sol malien. Le Pentagone, de son côté, reste prudent et n’a confirmé aucune discussion officielle en cours.
Les Maliens divisent sur l’idée d’une intervention américaine
Sur le terrain, les réactions sont contrastées. Certains habitants de la capitale, Bamako, voient d’un bon œil une possible intervention militaire américaine, à condition qu’elle contribue à rétablir la paix sur l’ensemble du territoire, de Kayes à Kidal.
« Tout ce qui peut nous apporter la paix, sur toute l’étendue du territoire, est le bienvenu. Que ce soit les États-Unis ou d’autres partenaires, ils sont les bienvenus », déclare un habitant de Bamako.
D’autres, en revanche, appellent à la prudence. Un autre habitant souligne : « Nous avons déjà les forces russes présentes sur notre sol, et maintenant les Américains veulent intervenir. Je pense que tout cela doit s’inscrire dans une logique diplomatique. Les autorités maliennes savent mieux que quiconque ce qui est bon pour le pays et ses populations ».
Cependant, il ajoute : « Ce n’est pas une mauvaise idée. L’option d’une intervention militaire américaine pourrait être bénéfique ».
Un contexte sécuritaire toujours plus dégradé
Depuis plusieurs années, le Mali fait face à une insécurité croissante, malgré le retrait des forces françaises en 2022 et l’arrivée de mercenaires russes. Les attaques menées par le JNIM se multiplient, y compris dans la capitale, Bamako. Parallèlement, des organisations de défense des droits humains dénoncent des exactions commises par l’armée malienne et ses alliés, aggravant la situation humanitaire.
Abdoulaye Diop, ministre malien des Affaires étrangères, a réagi lors d’une conférence à Bamako, en marge du salon de la Défense et de la Sécurité. Il a souligné que Bamako attend de préciser la position des États-Unis avant toute prise de décision. Le ministre a également réaffirmé la souveraineté du Mali dans la gestion de ses défis sécuritaires.
Un tournant géopolitique pour le Sahel ?
Pour Abdoulmoumouni Abbas, expert en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violent au Sahel et au Lac Tchad, une intervention américaine marquerait un tournant géopolitique majeur dans la région. Cette hypothèse s’inscrit dans un contexte où l’influence russe s’est fortement renforcée ces dernières années au Sahel.
« Il faut voir ce retour des États-Unis comme une opportunité pour élargir leurs capacités opérationnelles et obtenir une vision globale de la situation dans le Sahel, tout en luttant contre la criminalité transnationale organisée », explique l’expert.
Cependant, il met en garde : « Les résultats des frappes américaines au Nigeria nous interrogent. Les premières opérations ont manqué leurs cibles dans les États de Sokoto et de Kebbi, au nord du pays ».
Malgré ces incertitudes, plusieurs sources indiquent que Washington a déjà intensifié sa coopération en matière de renseignement avec Bamako ces derniers mois.



