Une reprise de la production pétrolière mondiale sans impact immédiat sur le Gabon
En juin, la production de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) a connu une remontée spectaculaire, atteignant 19,43 millions de barils quotidiens. Cette hausse de 3,3 millions de barils par jour par rapport à mai s’explique principalement par la reprise des activités du Koweït et de l’Iran, ce dernier ayant pu relancer ses exportations après la fin du blocus naval américain. Pourtant, malgré ce rebond, les recettes pétrolières du Gabon restent sous pression, sans aucun bénéfice visible pour ses finances publiques.
Cette situation s’explique par la nature même de cette reprise. Il ne s’agit pas d’une croissance liée à une demande mondiale accrue, mais d’un rattrapage post-crise du détroit d’Ormuz. De plus, l’OPEP+ a revu à la hausse ses objectifs de production pour août, une décision qui a pesé sur les cours du brut. Les craintes de surabondance sur le marché, renforcées par une production américaine record dépassant 14 millions de barils par jour, ont contribué à cette dynamique baissière. Pour un pays comme le Gabon, dont les revenus dépendent davantage des prix que des volumes échangés, cette situation est particulièrement défavorable.
Des prévisions budgétaires déjà ajustées à la baisse
La trajectoire budgétaire du Gabon reste fragile. Le collectif budgétaire 2026 a d’ores et déjà revu à la baisse les dépenses publiques, passant de 6 358,9 à 5 495,2 milliards de francs CFA. Cette révision s’appuie sur des hypothèses de prix prudentes, alors que les recettes pétrolières du pays ont chuté de 35 % entre 2023 et 2026. Cette baisse structurelle est liée à la diminution du prix du brut gabonais et à la baisse des volumes produits ces dernières années. La marge de manœuvre financière du pays était donc déjà limitée avant cette nouvelle pression sur les cours.
Une stratégie de souveraineté énergétique axée sur l’augmentation des volumes
Face à cette situation, le gouvernement de Libreville mise sur une politique de compensation par les volumes plutôt que sur une remontée des prix. La mise en service du champ de Ngongui en avril a permis d’ajouter 10 000 barils par jour, portant la production totale du site à plus de 60 000 barils quotidiens. Parallèlement, Assala Gabon, filiale de la Gabon Oil Company, prévoit une augmentation de 22 % de sa production grâce au développement du champ Grand N’Gongui.
Cette stratégie s’inscrit dans une logique de souveraineté énergétique, renforcée depuis le rachat d’Assala Energy et l’acquisition des actifs de Tullow Oil. L’objectif est de produire davantage sous contrôle national pour capter une part plus importante de la valeur générée par chaque baril. Dans un contexte de prix bas, cette approche devient moins une option qu’une nécessité. Les prochains indicateurs à surveiller ne seront pas tant les chiffres globaux de l’OPEP, mais plutôt les prochaines analyses de la Direction générale de l’économie et de la prévision financière (DGEPF) et les données de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) sur les cours du pétrole gabonais. Le rythme réel de montée en charge des champs Ngongui et Grand N’Gongui sera également déterminant.
Idrissa Diakité



