Politique

Paul biya remanie l’armée camerounaise après deux mois d’absence

Paul Biya, figure historique du Cameroun, opère un remaniement militaire suite à son absence prolongée

Paul Biya entouré de responsables camerounais et de son épouse, Chantal Biya, lors d'une visite officielle

Le président camerounais Paul Biya, âgé de 93 ans, a récemment procédé à un remaniement significatif au sein de l’armée nationale, alors que son absence prolongée du pays suscite des interrogations croissantes au sein de la classe politique et de la population.

Un remaniement militaire en pleine incertitude politique

Ce changement de personnel intervient dans un contexte marqué par des spéculations sur l’état de santé du dirigeant, parti en « séjour privé » en Suisse depuis le 7 juin. Cinquante-neuf jours après son départ, Yaoundé reste sans nouvelles officielles détaillées sur les activités du président, alimentant les rumeurs et les débats publics.

Parmi les modifications annoncées, cinq officiers supérieurs ont été promus au grade de général de brigade, tandis que plusieurs postes clés au sein de l’état-major ont été attribués à de nouveaux responsables. Ces ajustements ne sont pas exceptionnels sous l’ère Biya, mais leur timing actuel soulève des questions légitimes.

Des précédents révélateurs

L’histoire récente du Cameroun montre que chaque période de forte pression sociale ou politique s’accompagne de remaniements militaires. Après le coup d’État au Gabon en 2023, qui a renversé la dynastie Bongo, le Cameroun avait immédiatement ajusté son commandement militaire. Plus récemment, en prévision de l’élection présidentielle controversée de l’année dernière, Biya avait également opéré des changements majeurs au sommet des forces armées. En juin, d’autres promotions avaient été officialisées au sein des forces de sécurité et de défense.

Ces décisions successives, prises depuis l’étranger, ont suscité des réactions contrastées. Sur les réseaux sociaux, certains y voient une stratégie de consolidation du pouvoir, tandis que d’autres s’interrogent sur la légitimité d’un gouvernement dirigé à distance.

Un vide institutionnel dénoncé par l’opposition

Les critiques se multiplient, notamment de la part de l’opposition. Mamadou Mota, vice-président du parti CRM, a vivement réagi : « Le pouvoir exécutif doit s’exercer depuis le cœur de la nation, et non à travers des signaux ou des décrets émis depuis des chambres d’hôtel à l’autre bout du monde. »

L’absence prolongée du président a également mis en lumière plusieurs irrégularités institutionnelles. Malgré la promesse de former un nouveau gouvernement après les élections, aucun remaniement ministériel n’a été annoncé. Le poste de vice-président, créé en avril dernier, reste vacant, accentuant le sentiment d’un blocage décisionnel.

Par ailleurs, son séjour en Suisse n’a pas empêché Biya de signer des décrets, dont certains autorisent le gouvernement à contracter des prêts auprès d’institutions financières internationales. Ces décisions, prises en son absence, soulèvent des questions sur la transparence et la légalité de ces processus.

Des réponses du gouvernement sous surveillance

Face aux interrogations grandissantes, le ministre camerounais de la Communication, René Emmanuel Sadi, a tenté de rassurer : « Le président est en vie et rentrera prochainement au Cameroun. » Il a également démenti les rumeurs d’hospitalisation, tout en affirmant que Biya poursuivait ses activités depuis Genève.

Cependant, ces déclarations n’ont pas suffi à apaiser les inquiétudes. Les organisations de défense de la liberté de la presse rappellent avec amertume que, depuis deux ans, les médias camerounais se voient interdire de couvrir l’état de santé du chef de l’État. Une restriction qui ajoute à la défiance ambiante.

Alors que le Cameroun attend le retour de son président, les incertitudes persistent. Entre remaniements militaires, vides institutionnels et spéculations sur la santé de Biya, le pays semble suspendu à des décisions prises loin de ses frontières.