Ousmane Sonko à la tête de l’assemblée sénégalaise : un tournant politique
À Dakar, les regards sont tournés vers l’Assemblée nationale où les députés se réunissent aujourd’hui pour statuer sur deux dossiers majeurs : la réintégration d’Ousmane Sonko en tant que député et l’élection de son successeur à la présidence de l’institution. Une décision qui s’annonce explosive, tant les tensions entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ancien Premier ministre sont vives.
Un mandat parlementaire suspendu et une chute brutale
Tout bascule lorsque Ousmane Sonko, figure montante du paysage politique sénégalais, se retrouve évincé de son poste de Premier ministre. Une décision prise peu après son intervention musclée à l’Assemblée, où il avait vivement critiqué certaines orientations du gouvernement. Son exclusion du gouvernement marque un tournant dans la relation entre les deux hommes, autrefois alliés indéfectibles.
Son mandat de député, qu’il avait temporairement abandonné pour diriger le gouvernement, est désormais au cœur des débats. Ses partisans, rassemblés devant sa résidence de la Cité Keur Gorgui, scandent son nom, refusant d’accepter cette rupture. « Diomaye est Sonko, Sonko est Diomaye », proclamait l’un d’eux lors de la campagne électorale, illustrant la profondeur des liens qui unissaient les deux leaders.
Un bras de fer institutionnel aux conséquences imprévisibles
La session parlementaire de ce jour s’annonce tendue. Les députés devront trancher sur la réintégration d’Ousmane Sonko en tant que député, une démarche soutenue par son parti, Pastef-Les Patriotes, majoritaire à l’Assemblée. Son retour au perchoir pourrait en faire la deuxième personnalité de l’État, une position qui lui donnerait un poids politique majeur.
Cette perspective inquiète certains observateurs. Malao Kanté, politologue, alerte sur les risques d’un blocage institutionnel : « Cette opposition, désormais majoritaire, pourrait déclencher une motion de censure contre le prochain Premier ministre. Le pays s’engage dans une phase de paralysie administrative, avec des répercussions sur la stabilité nationale. »
La démission du président de l’Assemblée, un acte politique controversé
Le limogeage d’Ousmane Sonko a précipité la démission d’El Hadj Malick Ndiaye, fidèle allié de Sonko et président de l’Assemblée. Un geste salué par l’opposition, qui y voit une démonstration de solidarité. Pourtant, ce départ est loin de faire l’unanimité : le groupe parlementaire Takuu Walu rejette sa lettre de démission, la qualifiant d’illégale au regard du règlement intérieur.
Pour Aïssata Tall Sall, présidente de ce groupe, cette réintégration d’Ousmane Sonko s’apparente à un coup d’État constitutionnel. Elle appelle le président Bassirou Diomaye Faye à saisir le Conseil constitutionnel, sinon, prévient-elle, Sonko s’attaquera directement au fauteuil présidentiel.
L’opposition dénonce un déni de démocratie
Face à cette crise, les rangs de Pastef-Les Patriotes se resserrent. Plusieurs cadres, par solidarité avec Sonko, ont quitté leurs fonctions. Adama Fall, responsable du parti, refuse de voir les ambitions personnelles primer sur l’intérêt national : « Nous ne sommes plus la génération de Mamadou Dia et Senghor. Notre histoire doit évoluer, et cette crise doit trouver une issue positive. »
Le président Bassirou Diomaye Faye a réagi en nommant dans la nuit un nouveau Premier ministre : Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, ancien banquier à la BCEAO et figure politique expérimentée. Un choix qui, selon lui, doit permettre au pays de tourner une nouvelle page et de mobiliser les énergies nationales.



