Politique

Oléoduc Tchad-Cameroun : une manne financière majeure pour Yaoundé

L’oléoduc Tchad-Cameroun représente une source de revenus indispensable pour les finances publiques du Cameroun. Entre 2020 et 2025, le pays a perçu un total de 222,2 milliards de FCFA au titre du droit de transit sur le pétrole brut tchadien transitant vers le port de Kribi. Ces données, issues du Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme 2027-2029, équivalent à une recette annuelle moyenne de 37 milliards de FCFA pour chaque exercice couvert.

Le Tchad, dépourvu d’accès à la mer, s’appuie entièrement sur cette infrastructure pour exporter sa production pétrolière. Le droit de transit prélevé par le Cameroun est calculé en fonction du volume de barils transportés, selon un tarif ajusté régulièrement entre les deux États. Ce dispositif, combiné aux volumes acheminés et à la parité dollar-FCFA, détermine le montant final reversé au Trésor camerounais.

Un bond spectaculaire des recettes en dix ans

Les chiffres révèlent une hausse significative des revenus générés par l’oléoduc. Selon les données du Comité de pilotage et de suivi des pipelines (CPSP), le Cameroun avait engrangé 85,5 milliards de FCFA de droits de transit sur les huit premières années d’exploitation, soit une moyenne annuelle d’environ 10,7 milliards de FCFA. Sur la période récente de six ans, ce montant a été multiplié par plus de trois, atteignant une moyenne annuelle de 37 milliards de FCFA. Ainsi, les encaissements des deux dernières années dépassent de 136,7 milliards ceux des huit premières années réunies.

Cette évolution s’explique par plusieurs facteurs, dont le tarif unitaire appliqué par baril, les volumes transportés et le taux de change dollar-FCFA. Cependant, l’absence de ventilation annuelle détaillée des 222,2 milliards de FCFA ne permet pas d’identifier précisément la contribution de chaque variable à cette progression.

Des revalorisations tarifaires successives

Le relèvement du tarif de transit a joué un rôle clé dans l’augmentation des recettes. Initialement fixé à 0,41 dollar par baril lors de la mise en service en 2003, ce tarif a été révisé à la hausse en 2013, puis en 2018, pour atteindre 1,321 dollar par baril. En quinze ans, ce prix unitaire a donc été plus que triplé, ce qui a mécaniquement accru les recettes camerounaises, indépendamment des volumes transportés.

Une nouvelle révision tarifaire était prévue pour le 1er octobre 2023, conformément aux accords conclus entre les parties. Toutefois, aucun nouveau tarif n’a été rendu public à ce jour, laissant planer une incertitude sur l’évolution future des redevances. Ces négociations tarifaires constituent un enjeu diplomatique récurrent entre Yaoundé et N’Djamena.

Des comparaisons à interpréter avec prudence

Pour évaluer l’évolution des recettes, il est essentiel de distinguer les périmètres comptables. Entre 2004 et 2013, COTCO, l’opérateur de la portion camerounaise de l’oléoduc, avait indiqué avoir reversé environ 200 milliards de FCFA au Trésor public. Cependant, ce montant incluait non seulement le droit de transit, mais aussi l’impôt sur les revenus et d’autres taxes acquittées par la société. Il ne peut donc pas être directement comparé aux 222,2 milliards de FCFA de la période 2020-2025, qui concernent exclusivement la redevance de passage. La part exacte du droit de transit dans les 200 milliards n’a jamais été communiquée, rendant la comparaison avec les 85,5 milliards des huit premières années la plus pertinente.

Les données disponibles confirment la robustesse de cette rente. À la fin mai 2026, le Cameroun avait déjà perçu 15,1 milliards de FCFA au titre des droits de transit, selon le CPSP. Bien que ce chiffre ne préjuge pas du résultat final de l’année, il illustre l’importance budgétaire de l’oléoduc Tchad-Cameroun pour les revenus tirés de l’exportation du brut tchadien. La publication du nouveau tarif, attendue depuis octobre 2023, reste un paramètre clé pour anticiper l’évolution des recettes dans les années à venir.