A la Une Actualités Internacional

Niger : un scandale de visas Schengen éclabousse le ministre de l’Intérieur

Le général Mohamed Toumba, ministre de l’Intérieur du Niger, se retrouve au cœur d’une affaire délicate qui secoue les sphères politiques et sécuritaires du pays. Depuis la prise de pouvoir par le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) en juillet 2023, ce haut responsable militaire figure parmi les personnages les plus influents de la junte. Pourtant, son nom est désormais associé à un trafic présumé de visas Schengen, impliquant directement son épouse.

Un réseau illicite démantelé entre Niamey et l’Europe

Une enquête discrète, menée par les services de renseignement nigériens, a permis de révéler l’existence d’un vaste système de commercialisation illégale de titres de séjour vers l’espace Schengen. L’ambassade d’Espagne au Niger aurait servi de cadre à ces agissements, avec la complicité présumée de l’épouse du général Toumba, ancienne collaboratrice de cette représentation diplomatique.

Les investigations ont mis en lumière un mécanisme particulièrement efficace et lucratif :

  • Tarifs exorbitants : entre 2 et 5 millions de francs CFA (soit environ 3 048 à 7 622 euros) par visa.
  • Démarches à distance : les demandeurs n’étaient pas tenus de se présenter en personne aux services consulaires.
  • Clientèle privilégiée : principalement des ressortissants maliens, bénéficiant d’une exemption frauduleuse de titre de séjour au Niger, pourtant indispensable pour contourner l’ambassade espagnole à Bamako. À leur arrivée à Madrid, une logistique locale assurait leur prise en charge immédiate.

Selon les premières conclusions des enquêteurs, près de 1 500 Maliens auraient ainsi pu accéder illégalement au territoire européen grâce à ce réseau.

Des ramifications financières et des arrestations ciblées

Les investigations, pilotées par la Direction générale de la documentation et de la sécurité extérieure (DGDSE), dirigée par le lieutenant-colonel Souleymane Balla-Arabé, ont révélé des circuits de blanchiment d’argent vers plusieurs pays de la région, notamment le Sénégal. Plusieurs arrestations ont été opérées, dont celles de figures clés du dispositif :

  • Maty Cissokho Toumba, l’épouse du ministre de l’Intérieur, a été auditionnée par les enquêteurs.
  • Samsoudine Idrissa, identifié comme le coordinateur logistique du réseau et proche du général Toumba, a été interpellé à sa sortie du domicile du ministre.
  • Une complice présumée, recrutée par l’épouse du ministre peu avant son départ de l’ambassade d’Espagne, fait également l’objet de poursuites.

Un climat de défiance au sein de la junte militaire

L’ouverture de cette procédure par les services de renseignement, et non par la police judiciaire classique, a exacerbé les tensions internes au sein du régime de transition. Le président Abdourahamane Tchiani, à la tête de l’État depuis le coup d’État, semble privilégier les membres de sa communauté d’origine (Haoussa), marginalisant progressivement les cadres zarmas, pourtant nombreux au sein de la junte.

Cette affaire fragilise particulièrement les hauts responsables zarmas, parmi lesquels figurent le général Mohamed Toumba, troisième personnage de la junte, et le général Salifou Modi, ministre de la Défense, dont l’autorité au sein de l’armée reste reconnue. Les rivalités au sommet de l’État s’en trouvent accentuées, créant un climat de méfiance propice aux remises en question.