Des violences croissantes ciblant les enfants au Niger
Les groupes armés actifs dans la région sahélienne des trois frontières, incluant le Niger, le Mali et le Burkina Faso, intensifient leurs attaques contre les civils, en particulier les enfants. Selon un récent rapport, ces groupes, dont l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), multiplient les homicides, les recrutements forcés et les destructions de biens essentiels. Cette recrudescence des violences aggrave une crise humanitaire déjà alarmante.
Des crimes de guerre documentés
Les groupes armés, reconnus pour leurs exactions, commettent des crimes de guerre en ciblant systématiquement les écoles, les réserves alimentaires et les populations civiles. Depuis le début de l’année 2021, les violences ont causé la mort de 544 personnes au Niger, dont plus de 60 enfants, selon les données de l’ACLED. Les attaques, souvent menées par des individus à moto, visent particulièrement les hommes et les adolescents, semant la terreur dans les villages.
Un adolescent de 14 ans, témoin d’une attaque, témoigne : « Nous sommes habitués aux coups de feu et aux corps entassés. » Les survivants, comme ce garçon de 13 ou 14 ans, décrivent des scènes de violence inouïe, où des civils sont abattus alors qu’ils tentent de se cacher. Les Forces de défense et de sécurité (FDS) nigériennes, souvent absentes lors des attaques, peinent à protéger les populations, laissant les habitants livrés à eux-mêmes.
Des témoignages poignant sur les traumatismes
Les violences répétées laissent des séquelles psychologiques profondes chez les enfants. Les cauchemars, l’anxiété et les troubles du sommeil sont monnaie courante. Un garçon de 15 ans, déplacé après une attaque, explique : « Je veux juste que la paix revienne. Il faut que le gouvernement s’occupe de nous, ici, dans le camp pour personnes déplacées. Nous avons besoin de nourriture, d’eau et surtout d’école. »
Le recrutement forcé d’enfants par les groupes armés
Le GSIM, présent près de la frontière avec le Burkina Faso, recrute de plus en plus d’enfants, souvent âgés de 15 à 17 ans, voire moins. Les méthodes d’approche incluent des promesses de nourriture, d’argent ou de vêtements. Une fois recrutés, les adolescents subissent un entraînement militaire pouvant durer de quelques semaines à plusieurs mois. Ils sont également utilisés comme espions ou éclaireurs, une pratique interdite par le droit international humanitaire.
Des attaques délibérées contre l’éducation et la santé
Les groupes armés, hostiles à l’éducation « occidentale », incendient les écoles et menacent les enseignants, forçant la fermeture de 377 établissements dans la région de Tillabéri. Plus de 31 000 enfants sont ainsi privés d’accès à l’éducation. Les attaques contre les centres de santé aggravent davantage la situation, limitant l’accès des populations aux soins essentiels. Les taux d’immunisation chutent, et des maladies comme la rougeole se propagent.
Un garçon de 15 ans de Mogodyougou raconte : « Les enseignants sont partis. Ils auraient été tués sinon. »
Une crise alimentaire aggravée par les attaques
Les groupes armés ciblent les réserves de nourriture et le bétail, laissant des familles entières sans ressources. Une mère de sept enfants, dont le village a été attaqué, déclare : « Tout a été brûlé… Je n’ai plus rien, à part moi-même. » Les images satellites confirment ces destructions, entraînant le déplacement de milliers de personnes. Selon les organisations humanitaires, 2,3 millions de personnes risquent de souffrir d’insécurité alimentaire en 2021, en raison des attaques, mais aussi des conditions climatiques difficiles.
Appel urgent à l’action
Face à cette crise, Amnesty International et d’autres organisations appellent les autorités nigériennes et leurs partenaires internationaux à agir rapidement. Les mesures prioritaires incluent la protection des enfants, l’accès à l’éducation et aux soins psychosociaux, ainsi que la sécurisation des zones frontalières. Matt Wells, directeur adjoint du programme Réaction aux crises à Amnesty International, souligne : « Le Niger est au bord du gouffre. Les autorités et leurs partenaires doivent doter les enfants des outils nécessaires pour construire un avenir. »
Contexte : une crise régionale
Le conflit, né au Mali en 2012, s’est étendu au Burkina Faso et au Niger. Les groupes armés se disputent le contrôle des zones frontalières, affrontant régulièrement les forces armées locales et internationales. En 2021, près de 13,2 millions de personnes dans la région ont besoin d’aide humanitaire, et 1,9 million sont déplacées.
Méthodologie du rapport
Pour documenter cette crise, une délégation d’Amnesty International a interrogé 119 personnes, dont 22 enfants et 36 parents ou proches de victimes. Des représentants d’ONG, d’organisations humanitaires, des membres de l’ONU et des fonctionnaires nationaux ont également été consultés pour dresser un tableau complet de la situation.



