Le 29 août dernier, une tentative de coup d’État a ébranlé le régime d’Abdourahamane Tiani, révélant une fracture au cœur même de l’armée nigérienne. Trois ans après son propre putsch contre Mohamed Bazoum, le général au pouvoir découvre à ses dépens que la menace peut venir de l’intérieur. Une méfiance qui, depuis, façonne chaque décision de son gouvernement.
Une tentative de putsch qui a ébranlé les fondations du pouvoir
Le 29 août, des militaires ont attaqué le palais présidentiel, la base aérienne 101 et les studios de la télévision nationale. Un assaut qui a duré plusieurs heures et mis en lumière les divisions au sein de l’institution militaire. Selon les informations disponibles, des hésitations ont marqué les rangs des officiers, certains refusant de prendre parti tandis que d’autres soutenaient les mutins.
Pour un régime né d’un coup d’État, le message est clair : le danger ne vient plus seulement de l’extérieur, mais de ceux qui devraient garantir la stabilité. Une réalité qui a poussé Tiani à revoir en profondeur la chaîne de commandement militaire.
Des purges qui s’accélèrent après la crise
Dans les semaines suivant l’échec de la tentative de putsch, des centaines de soldats ont été arrêtés, principalement issus des forces spéciales. Le général Moussa Salaou Barmou, chef d’état-major des armées, a été limogé le 11 septembre, suivi de près par le remplacement de quatre ministres. Officiellement, il s’agissait de corriger des dysfonctionnements et de renforcer la sécurité. En réalité, ces mouvements dessinaient une stratégie plus large : écarter ceux dont la loyauté était jugée suspecte.
Des déchéances de nationalité révélatrices d’une logique de contrôle
Le 17 septembre, un décret signé par Tiani a provoqué un nouveau choc. Cinq Nigériens, dont l’ancien Premier ministre Ouhoumoudou Mahamadou, ont vu leur nationalité provisoirement retirée. Les motifs évoqués incluent des accusations d’intelligence avec des puissances étrangères, de diffusion de fausses informations et d’atteintes à la sûreté de l’État. Pourtant, aucune condamnation judiciaire n’a encore été prononcée à leur encontre.
Le symbole est fort : Mahamadou, figure de l’ancien régime de Bazoum, incarne aujourd’hui l’ennemi intérieur que le pouvoir cherche à neutraliser. Avec ce décret, le nombre de personnes privées de leur nationalité dans le cadre de ce dispositif s’élève désormais à 25, selon les données officielles.
Un régime qui bascule dans la défiance absolue
Depuis le 29 août, chaque mesure prise par Tiani semble guidée par une obsession : éliminer toute source potentielle de vulnérabilité. Limogeages, arrestations, et désormais déchéances de nationalité, la logique est implacable. Mais jusqu’où ira-t-elle ? La question se pose avec une acuité particulière dans un pays où le pouvoir est déjà contesté par une partie de la population et de la communauté internationale.
Les critiques du régime dénoncent une dérive autoritaire, où la lutte contre les complots devient un prétexte pour museler toute opposition. Pour ses détracteurs, Tiani semble gouverner comme si le Niger ne pouvait être dirigé que par ceux qui soutiennent inconditionnellement son pouvoir.
Le paradoxe d’un pouvoir né du chaos
Cette situation illustre un paradoxe troublant : un régime issu d’un coup d’État, qui a lui-même échappé de peu à une tentative similaire, se retrouve aujourd’hui en proie à une paranoïa sécuritaire. Chaque crise, chaque peur d’un nouveau complot, renforce la concentration du pouvoir autour de Tiani. Une logique qui, si elle se poursuit, pourrait transformer le Niger en un État où la contestation n’est plus une différence d’opinion, mais une menace existentielle.
La question centrale est désormais la suivante : un pouvoir aussi méfiant peut-il encore prétendre représenter l’intérêt général ? Et surtout, jusqu’où ira cette spirale de défiance avant que le Niger ne paie le prix de cette obsession sécuritaire ?



