Les groupes armés djihadistes multiplient les attaques dans plusieurs zones du Mali, mais les bilans humains révèlent une disparité frappante : les militaires malien recensent régulièrement des pertes importantes, tandis que les effectifs russes affiliés à l’Africa Corps semblent moins touchés. Cette différence soulève une question légitime : pourquoi ces mercenaires subissent-ils si peu de pertes malgré un environnement aussi hostile ?
Des effectifs réduits, une exposition moindre
Plusieurs analystes s’accordent sur un premier élément clé : le nombre de soldats. Les estimations les plus fiables indiquent que les forces russes déployées au Mali oscillent entre 1 500 et 2 000 hommes, un chiffre bien inférieur aux plus de 13 000 militaires que comptent les Forces armées maliennes (FAMa). Cette disproportion numérique joue un rôle majeur dans la répartition des risques.
Contrairement à leurs homologues maliens, les mercenaires russes ne sont pas systématiquement positionnés en première ligne. Leur rôle principal consiste à soutenir les opérations des FAMa sans en endosser la responsabilité directe. Les soldats maliens restent ainsi les plus exposés aux embuscades et aux combats rapprochés, tandis que les Russes interviennent souvent en appui technique ou logistique.
Une stratégie de déploiement ciblée
Les experts soulignent que les paramilitaires russes adoptent une approche méthodique, concentrant leurs moyens sur des zones stratégiques ou des missions ponctuelles plutôt que sur une présence permanente. Cette tactique limite leur exposition quotidienne aux attaques, contrairement aux unités maliennes qui assurent une couverture continue sur l’ensemble du territoire.
Un chercheur spécialisé dans les dynamiques djihadistes au Sahel, Mamadou Mouth Bane, précise : « Les mercenaires russes opèrent généralement en arrière-plan, gérant l’analyse des renseignements ou la coordination des drones. Ce sont les militaires maliens qui tiennent les positions avancées et qui subissent de plein fouet les offensives ennemies. Les otages pris lors des assauts sont également majoritairement des soldats maliens. »
Expérience et équipements : des atouts différenciants
Les pertes limitées des Russes s’expliquent aussi par leur profil. La plupart de ces mercenaires sont d’anciens combattants aguerris, ayant participé à des conflits en Syrie, en Ukraine ou ailleurs. Leur expérience leur permet d’anticiper les pièges et de réagir avec une réactivité souvent supérieure à celle des troupes maliennes.
Abdoulaye Sounaye, chercheur au Centre Leibniz pour l’Orient moderne, ajoute : « Les paramilitaires russes ne sont pas des soldats classiques. Ce sont des professionnels habitués aux terrains hostiles, dotés d’équipements modernes et de moyens de protection avancés. Leurs véhicules blindés et leurs drones leur offrent une couverture bien supérieure à celle dont dispose l’armée malienne. »
Cependant, les experts rappellent que ces mercenaires ne sont pas à l’abri du danger. Plusieurs ont été tués lors d’opérations récentes, mais les deux capitales concernées, Bamako et Moscou, maintiennent un silence strict sur les chiffres exacts, rendant toute analyse globale difficile. Une chose est sûre : leur déploiement, bien que limité, bouleverse les équilibres sécuritaires au Mali.



