mayo-tsanaga, un département camerounais en proie à l’abandon face à boko haram
Le département du Mayo-Tsanaga, situé dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun, subit depuis plus d’une décennie les assauts répétés de Boko Haram. Une situation qui a transformé des villages florissants en zones fantômes, où les habitants ne subsistent plus que dans la peur et l’incertitude.
une région dévastée : des villages réduits à néant
Depuis les premières incursions en 2014, le Mayo-Tsanaga paie un lourd tribut aux attaques de ce groupe terroriste. Plus de 50 villages ont été entièrement ou partiellement abandonnés par leurs habitants, laissant derrière eux des terres en friche et des maisons réduites en cendres. Parmi les localités les plus touchées figurent Gossi, Tourou, Vizik, Ldamang, Magoumaz, Dinglding, Chougoulé et bien d’autres, où la présence des terroristes s’est installée durablement.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2022, le cinquième adjoint au maire de Mokolo, Mahadek Nicolo Nouhou, révélait que dix villages étaient totalement désertés, deux occupés par Boko Haram, et sept régulièrement attaqués. Aujourd’hui, la situation s’est encore aggravée, avec des villages comme Gossi, Toufou 1 et 2, Roum et Hitawa abandonnés par leurs habitants sous la pression constante des assaillants.
des populations livrées à elles-mêmes : entre exil et survie
Les habitants du Mayo-Tsanaga vivent dans un état de terreur permanent. La nuit, ils fuient vers les montagnes, partageant des grottes avec la faune locale pour échapper aux attaques. Au petit matin, ils redescendent pour tenter de sauver ce qui peut l’être : cultures, bétail, ou simples illusions de normalité. Mais l’espoir s’amenuise chaque jour un peu plus.
« Pourquoi nos élus et le gouvernement nous abandonnent-ils ainsi ? Sommes-nous moins camerounais que les autres ? » s’interrogent les habitants de Tourou, où les familles se disloquent dans la panique des raids. Les attaques systématiques ont déjà forcé plus de 9 000 personnes à fuir leurs foyers, un chiffre qui ne cesse de croître. En juin 2026, 482 nouveaux déplacés ont été recensés en quelques semaines seulement, ajoutant à la crise humanitaire déjà critique.
l’État camerounais : une réponse dérisoire face à l’ampleur du drame
Face à l’urgence, les moyens déployés par l’État restent dérisoires. Dans des villages comme Ldamang ou Ldubam, seulement deux soldats sont présents pour contenir les assauts de groupes lourdement armés. Les comités de vigilance locaux, composés de civils désarmés, se retrouvent en première ligne, impuissants face à la puissance de feu des terroristes. Pendant ce temps, les promesses politiques s’envolent comme des feuilles mortes, laissant les populations dans un désarroi total.
Les élites locales, souvent silencieuses lors des crises, se manifestent uniquement en période électorale. Leurs discours ne changent rien à la réalité : le Mayo-Tsanaga est livré à son sort. Les visites ministérielles et les « rencontres fraternelles » ne suffisent plus à masquer l’absence de solutions durables.
un exode qui dépasse les frontières du département
La crise ne se limite pas au Mayo-Tsanaga. Dans le département voisin du Mayo-Danay, près de 300 personnes ont trouvé refuge à Kalfou, à plus de 200 km de Mokolo. Cet exode massif illustre l’ampleur de la catastrophe : des familles entières abandonnent tout pour survivre, laissant derrière elles leurs papiers, leurs terres et parfois leurs proches. Les enfants, séparés de leurs parents dans la fuite, errent sans protection, risquant de sombrer dans la marginalité ou la délinquance.
L’agriculture, pilier de l’économie locale, s’effondre. Les écoles ferment leurs portes. Les centres de santé deviennent inaccessibles. Le Mayo-Tsanaga se vide, et avec lui, une partie de l’identité camerounaise. Combien de villages devront encore être rayés de la carte avant que cette crise ne devienne une priorité nationale ?



