Un fragile espoir anime les réfugiés maliens en Mauritanie. Après les attaques dévastatrices menées fin avril par les forces maliennes et leurs alliés russes de l’Africa Corps contre les rebelles touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA) et les jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim, lié à Al-Qaïda), certains espèrent enfin un retour au pays. Ces combats, qui ont coûté la vie au ministre malien de la Défense, ont marqué un tournant dans un conflit qui dure depuis 2012.
À Fassala, ville mauritanienne frontalière, les souvenirs des exactions attribuées aux paramilitaires russes, autrefois connus sous le nom de Wagner, restent vifs. Ces hommes, accusés de violations des droits humains, avaient été engagés par Bamako pour lutter contre les groupes armés. Leur départ du nord du Mali, où ils opéraient, est désormais perçu comme une lueur d’espoir par une partie des réfugiés.
Des témoignages empreints de colère et d’espoir
Mosso, un éleveur touareg de 57 ans, réfugié à Fassala, ne cache pas son amertume. « Si les mercenaires russes quittent le Mali, nous pourrons rentrer chez nous », confie-t-il. Après avoir fui Mopti, dans le centre du pays, il a perdu son frère sous les balles de ces hommes qu’il décrit comme étrangers. « C’est Goïta qui les a fait venir », dénonce-t-il, faisant référence au chef de la junte malienne au pouvoir depuis 2020.
Dans le camp de Mbera, à une cinquantaine de kilomètres de la frontière, les conditions de vie sont précaires. Plus de 120 000 personnes y vivent, fuyant les violences de tous bords : jihadistes, armée malienne, mercenaires ou groupes communautaires. Ahmed, 35 ans, raconte son parcours : « Je rêve de retrouver ma terre, mais comment le faire avec cette junte qui a tout détruit ? C’est à cause de Wagner que nous sommes ici. »
L’alliance controversée entre rebelles et jihadistes
Malgré les avancées du FLA, qui a repris le contrôle de Kidal fin avril, la méfiance persiste. Abdallah, un réfugié touareg de 77 ans, exprime ses craintes : « Je ne me réjouis pas de voir le FLA aux côtés du Jnim. Ce dernier est un mouvement terroriste. Leurs objectifs ne correspondent pas à notre quête de paix et de modération. »
Les récentes offensives conjointes du FLA et du Jnim ont provoqué une nouvelle vague de déplacés. Selon le Haut Commissariat aux réfugiés (HCR), près de 14 000 Maliens, majoritairement des femmes et des enfants, ont franchi la frontière en quelques semaines, fuyant les blocus imposés par les jihadistes depuis octobre.
La Mauritanie sous pression face à l’afflux de réfugiés
Les violences au Mali font craindre un nouvel exode. La Mauritanie, stable malgré les tensions régionales, accueille plus de 300 000 réfugiés maliens. Cette situation pèse lourdement sur les ressources locales : « Les pâturages, l’eau et les services de base, comme la santé, sont sous tension », explique Cheikhna Ould Abdallahi, maire de Fassala. Son territoire abrite déjà 70 000 réfugiés.
Les humanitaires surveillent de près l’évolution de la situation. « Nous suivons la situation avec une inquiétude croissante », confie un porte-parole du HCR en Mauritanie. Les combats récents, marqués par la perte de contrôle de villes stratégiques par les forces gouvernementales, risquent d’aggraver la crise humanitaire.
Pour Tilleli, 22 ans, mère d’une fillette d’un an, la paix reste un mirage. Elle a fui Mopti après que son village ait été pillé et incendié par l’armée et les paramilitaires russes : « Je ne rentrerai que si Wagner quitte le Mali. Et même là, je ne suis pas sûre que la paix revienne rapidement. » Son témoignage reflète l’incertitude qui plane sur l’avenir des populations déplacées.



