Maroc : azrou, un collège historique au cœur de la politique berbère

Azrou : le collège berbère qui a façonné l’histoire du Maroc
Conçu par l’administration coloniale française en 1927, le collège d’Azrou avait pour mission de former une génération d’élites berbères francophones, destinées à servir l’administration et les forces armées du Protectorat. Pourtant, loin de répondre aux attentes de ses créateurs, cet établissement est devenu un creuset de militants pour l’indépendance marocaine. Parmi ses anciens élèves figurent des ministres, des gouverneurs, des magistrats et même treize généraux. Certains ont servi sous les règnes de Mohammed V et Hassan II, tandis que d’autres ont été impliqués dans les tentatives de coup d’État de 1971 et 1972. Plongez dans l’histoire méconnue de cette institution et son rôle paradoxal dans la construction du Maroc moderne.
Fondé dans la ville d’Azrou, au cœur du Moyen-Atlas, le collège Berbère d’Azrou incarnait une stratégie coloniale ambitieuse. L’objectif était clair : former une élite locale francophone, détachée des influences nationalistes de Fès et de Rabat, pour renforcer le contrôle français sur le territoire marocain. Les méthodes éducatives s’inscrivaient dans une logique de politique berbère, visant à marginaliser l’arabe et à promouvoir une identité culturelle distincte, alignée sur les intérêts du Protectorat.
Pourtant, l’histoire a pris un tournant inattendu. Les élèves du collège d’Azrou, loin de se soumettre au rôle subalterne qui leur était assigné, ont développé une conscience politique aiguë. Dès les années 1940, certains ont rejoint les rangs du mouvement indépendantiste, participant activement à la lutte pour la souveraineté du Maroc. Leur parcours illustre le paradoxe des institutions coloniales : en cherchant à domestiquer une élite, elles ont parfois contribué à en faire des figures de la résistance.
Un héritage militaire et politique majeur
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : sur les bancs du collège d’Azrou, pas moins de treize futurs généraux ont étudié. Certains ont servi fidèlement les souverains Mohammed V et Hassan II, occupant des postes clés au sein de l’armée et de l’administration. D’autres, en revanche, ont été emportés par les tourments politiques des années 1970. Les putschs de 1971 et 1972, qui ont secoué le Maroc, ont vu participer des anciens élèves du collège, révélant ainsi les tensions internes au sein même de l’élite formée sous le Protectorat.
Parmi les personnalités marquantes issues de cette institution, on compte des ministres, des gouverneurs et des magistrats, tous ayant joué un rôle significatif dans l’édification du Maroc contemporain. Leur parcours montre comment une formation initialement conçue pour servir un système colonial a pu devenir un tremplin pour des carrières au service de la nation.
Une institution au cœur des débats historiques
L’histoire du collège d’Azrou a donné lieu à de nombreux travaux de recherche. L’essai de Mohamed Benhlal, intitulé Le collège d’Azrou : une élite berbère civile et militaire au Maroc, 1927-1959, offre une analyse approfondie de cette période charnière. L’auteur s’appuie sur des témoignages d’anciens élèves, recueillis avec soin, pour reconstituer le quotidien de cet établissement et son impact durable sur la société marocaine.
Les archives et les récits des anciens élèves révèlent une réalité bien plus complexe que le simple scénario d’une élite docile formée pour servir un pouvoir étranger. Ils mettent en lumière les contradictions d’un système éducatif colonial, où la discipline stricte côtoyait des espaces de liberté intellectuelle, favorisant l’émergence d’une conscience politique chez les élèves. Cette dualité explique en partie pourquoi le collège d’Azrou a produit des figures aussi diverses, allant du loyaliste au militant indépendantiste.
Devenue le lycée Tarik Ibn Ziad après l’indépendance, l’institution a continué à jouer un rôle central dans la formation des élites marocaines. Son histoire reste un sujet d’étude fascinant pour comprendre les mécanismes de la décolonisation et les héritages complexes qu’elle a laissés derrière elle.



