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Mali : quand l’alliance militaire russe pèse sur la stabilité et la vie des citoyens

L’attaque par drones signalée à Soumpi, en octobre 2026, dans la région de Tombouctou, a rappelé une fois de plus les limites d’une stabilité malienne encore fragile. Quatre ans après le basculement stratégique initié par Assimi Goïta, cette opération relance un débat crucial : le partenariat militaire avec la Russie peut-il réellement mettre fin à la crise sécuritaire qui frappe le Mali, ou n’est-il qu’un leurre masquant l’inefficacité des solutions apportées ?

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Les conséquences de cette alliance, bien qu’officiellement présentée comme un gage de souveraineté, pèsent désormais sur deux fronts : la sécurité réelle des citoyens et la crédibilité d’une stratégie nationale. Les populations, les entreprises et les institutions paient le prix d’une insécurité qui persiste malgré les annonces de victoires militaires.

L’insécurité persiste : des villages repris, mais des familles toujours menacées

Quelques semaines avant l’attaque de Soumpi, l’armée malienne, épaulée par ses partenaires russes, avait repris le contrôle de Kidal, un symbole fort pour Bamako. Pourtant, cette avancée, relayée comme une étape décisive, n’a pas suffi à endiguer la menace. Dans plusieurs régions, les populations continuent de subir des représailles, des enlèvements ou des destructions de leurs moyens de subsistance, malgré la présence affirmée des forces engagées.

Les familles maliennes, déjà éprouvées par des années de conflit, voient leurs espoirs de retour à une vie normale s’éloigner. Les agriculteurs, les commerçants et les fonctionnaires hésitent à revenir dans les zones reconquises, de peur de revivre les mêmes drames. Les attentes étaient pourtant claires : une sécurisation durable devait permettre de relancer l’économie locale et de restaurer les services publics. Pourtant, les faits prouvent que la situation reste précaire.

Économie en péril : le coût caché d’une alliance militaire non maîtrisée

Les répercussions de cette crise sécuritaire dépassent le domaine militaire. L’économie malienne, déjà fragilisée, subit de plein fouet les conséquences de l’insécurité persistante. Les investissements étrangers se font rares, les infrastructures routières et énergétiques sont régulièrement sabotées, et les exportations, notamment agricoles, subissent des retards chroniques. Ces difficultés se répercutent sur le quotidien des Maliens : inflation, pénuries et chômage s’aggravent, alimentant un cercle vicieux de précarité.

Dans ce contexte, le partenariat militaire russe, bien qu’il apporte un soutien logistique et opérationnel, ne peut à lui seul résoudre les problèmes structurels du Mali. Les contrats passés avec des entités russes, souvent opaques, engendrent des coûts immédiats pour le budget national, sans garantie de résultats tangibles à long terme. Combien de fonds ont été alloués à ces collaborations, et quel en est le retour concret pour les citoyens ? La question mérite d’être posée, alors que les caisses de l’État restent sous pression.

Plus inquiétant encore, certains observateurs soulignent que la présence de sociétés militaires privées pourrait attirer des convoitises sur les ressources naturelles du Mali. Or, une telle dynamique, si elle se confirmait, transformerait la coopération sécuritaire en un fardeau supplémentaire pour un pays déjà en proie à des tensions internes.

Les limites d’une souveraineté à géométrie variable

Assimi Goïta, en misant massivement sur la Russie pour remplacer ses anciens partenaires, a voulu incarner une nouvelle ère de souveraineté. Pourtant, cette autonomie affichée cache une réalité plus complexe : le Mali reste dépendant, y compris financièrement, de cette coopération. Une souveraineté véritable implique non seulement de choisir ses alliés, mais aussi de disposer des moyens de garantir sa propre sécurité, indépendamment des intérêts extérieurs.

Les autorités maliennes doivent désormais faire face à un paradoxe : comment concilier l’objectif de stabilité, indispensable à la légitimité du pouvoir, avec la réalité d’une insécurité qui ne faiblit pas ? Les opérations militaires ponctuelles, aussi médiatisées soient-elles, ne suffisent pas à rétablir une confiance durable auprès de la population. Celle-ci attend des preuves tangibles : la fin des attaques, la protection de ses proches et la perspective d’un avenir apaisé.

Urgence d’une stratégie globale : au-delà des victoires symboliques

Pour inverser la tendance, plusieurs leviers doivent être actionnés en parallèle. D’abord, le renforcement des capacités des forces maliennes. Les partenariats internationaux, quels qu’ils soient, doivent servir de catalyseur pour développer une armée nationale autonome, capable de mener des opérations de manière indépendante. Ensuite, la lutte contre les causes profondes de l’insécurité : gestion des conflits locaux, corruption, et exclusion économique et sociale doivent être des priorités absolues.

Enfin, la transparence sur les accords passés avec la Russie est indispensable. Les Maliens ont le droit de savoir comment leurs impôts contribuent à financer ces alliances, et quels sont les bénéfices concrets attendus. Une gouvernance ouverte et responsable est la seule voie pour restaurer la confiance dans les institutions et dans le projet national.

Soumpi : un signe d’alerte pour Bamako

L’attaque de Soumpi n’est pas un simple incident isolé. Elle est le symptôme d’un système qui peine à protéger ses citoyens. Alors que les dirigeants mettent en avant des succès militaires éclatants, la population, elle, en paie le prix au quotidien. Les groupes armés, loin d’être démantelés, adaptent leurs tactiques pour contourner les forces maliennes et leurs alliés. Dans ce jeu d’échecs asymétrique, chaque journée d’hésitation coûte cher.

Le régime de Assimi Goïta se trouve à un carrefour. Soit il reconnaît que le statu quo n’est plus viable et engage une refonte complète de sa stratégie sécuritaire et politique, soit il risque de voir la crise s’envenimer, avec des conséquences dramatiques pour le Mali et ses voisins.

Une chose est certaine : placer tous ses espoirs dans un partenaire étranger, aussi puissant soit-il, sans avoir de vision nationale claire, revient à jouer un jeu dont les citoyens malien sont les premières victimes.

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Mariam Sidibé
Journaliste