Le Mali franchit une étape décisive dans sa lutte contre le terrorisme en lançant une prime financière inédite. Bamako propose désormais une récompense à toute personne fournissant des informations permettant l’arrestation ou l’élimination des chefs du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim, lié à Al-Qaïda) et du Front de libération de l’Azawad (FLA). Cette initiative, présentée publiquement, reflète la volonté des autorités de transition d’impliquer davantage la population civile dans un conflit que l’armée malienne peine à résoudre seule.
Une récompense ciblée contre les leaders jihadistes et indépendantistes
Cette mesure gouvernementale cible spécifiquement deux groupes armés considérés comme les principales menaces pour la stabilité du pays. Le Jnim, dirigé par Iyad Ag Ghaly et actif dans toute la région du Sahel, est responsable d’une vague d’attaques contre les forces militaires et les infrastructures logistiques. Le FLA, quant à lui, revendique l’autonomie des régions de Kidal, Gao et Tombouctou, défiant ainsi l’autorité de Bamako.
En instaurant ce système de prime, le Mali s’inspire de méthodes antiterroristes éprouvées à l’étranger, comme celles utilisées par les États-Unis ou les pays européens. Cependant, cette approche reste peu courante en Afrique de l’Ouest, signalant un virage stratégique : Bamako reconnaît la nécessité de s’appuyer sur le renseignement local, là où les opérations militaires conventionnelles montrent leurs limites.
Un aveu explicite des défis sécuritaires actuels
L’annonce intervient dans un contexte marqué par une insécurité grandissante. Depuis le départ de la Mission des Nations unies (MINUSMA) fin 2023 et le retrait des forces françaises, les Forces armées maliennes (Fama) comptent désormais sur le soutien des partenaires russes, notamment les membres de l’Africa Corps ayant pris la suite du groupe Wagner. Malgré la reprise symbolique de Kidal en novembre 2023, les attaques jihadistes se sont multipliées en 2024 et 2025, touchant aussi bien les zones centrales que les périphéries de la capitale.
Cette stratégie de récompense illustre une prise de conscience tactique. Pour affaiblir les groupes armés, il est essentiel d’éliminer leurs dirigeants, ce qui nécessite une connaissance approfondie de leurs réseaux. Or, ce type d’information ne peut provenir que des populations locales. Toutefois, cette approche comporte des risques majeurs : les informateurs s’exposent à des représailles, et l’absence de clarté sur les montants ou les modalités de paiement pourrait réduire l’efficacité du dispositif. Les autorités n’ont d’ailleurs pas précisé les détails financiers ou les procédures de versement.
Une initiative qui soulève des questions sur l’échelle régionale
Cette décision s’inscrit dans le cadre de la Confédération des États du Sahel (AES), créée en 2024 par le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Ces trois pays partagent une vision commune de la menace terroriste et renforcent progressivement leur coopération militaire. Une harmonisation des systèmes de récompense à l’échelle de l’AES pourrait booster l’efficacité du renseignement transfrontalier, les groupes armés profitant des frontières poreuses pour se déplacer et se ravitailler.
Cependant, la viabilité financière de cette mesure interroge. Dans un contexte économique difficile, marqué par la suspension de plusieurs aides internationales et les sanctions imposées par la CEDEAO, Bamako devra trouver des ressources internes ou des partenaires extérieurs pour garantir la crédibilité de sa promesse. La Russie, principal allié militaire du Mali, pourrait être sollicitée, bien qu’aucune information officielle n’évoque une collaboration financière à ce stade.
Sur le plan politique, cette communication gouvernementale vise à mobiliser la population autour de l’effort de guerre et à renforcer la légitimité des autorités de transition. Ces dernières, issues des coups d’État de 2020 et 2021, ont repoussé sine die la tenue d’élections, justifiant cette stratégie par la nécessité de stabiliser le pays. Le succès de cette initiative dépendra de la capacité des Fama à concrétiser des résultats tangibles contre les chefs jihadistes et indépendantistes ciblés dans les mois à venir.



