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Panafricanisme : qui incarne vraiment ce mouvement aujourd’hui ?

panafricanisme : qui incarne vraiment ce mouvement aujourd’hui ?

Kémi Séba lors de son audience à Johannesbourg

Kémi Séba lors de son audience à Johannesbourg. © DR

L’actualité récente place Kémi Séba, figure controversée du panafricanisme moderne, sous les projecteurs. Arrêté en Afrique du Sud alors qu’il tentait de rejoindre clandestinement le Zimbabwé, son sort judiciaire interpelle. Avec plus de 1,5 million d’abonnés sur les réseaux sociaux, cet activiste, également connu pour ses prises de position radicales, interroge : représente-t-il véritablement l’essence du mouvement panafricain ? Une question qui invite à explorer les racines de cette idéologie et ses évolutions contemporaines.

Dans ce contexte, Venance Konan analyse les multiples facettes du panafricanisme, un courant qui, depuis ses origines, a façonné les luttes pour l’émancipation des peuples africains et de sa diaspora.


Kémi Séba, figure ambiguë du panafricanisme moderne

Qui est vraiment Kémi Séba ? De son vrai nom Stellio Gilles Robert Capo Chichi, cet activiste béninois, également détenteur d’un passeport diplomatique nigérien, est surtout connu pour son engagement panafricain et ses positions radicales. Son arrestation en Afrique du Sud, aux côtés de son fils de 18 ans et d’un militant suprémaciste blanc sud-africain nostalgique de l’apartheid, a suscité de vives interrogations.

Président de l’ONG Urgences panafricanistes, il est régulièrement accusé de discours anti-français, anti-franc CFA et antisémites. Ces prises de position lui ont valu la perte de sa nationalité française, acquise par sa naissance dans l’Hexagone. Son objectif ? Rejoindre le Zimbabwé, puis probablement l’Europe, avant d’être intercepté. Au Bénin, il est poursuivi pour « apologie de crimes contre la sûreté de l’État et incitation à la rébellion », suite à la diffusion d’une vidéo soutenant les soldats impliqués dans une tentative de coup d’État en décembre dernier. Un mandat d’arrêt international a été émis à son encontre.

Une alliance surprenante avec un suprémaciste blanc

L’association de Kémi Séba avec François Van der Merwe, militant sud-africain d’extrême droite, interroge. Comment un défenseur de la cause noire peut-il s’allier à un nostalgique de l’apartheid ? Cette collusion soulève des doutes sur la sincérité de ses engagements et la véritable nature de son panafricanisme.


Panafricanisme : entre héritage historique et dérives contemporaines

Le panafricanisme est une idéologie et un mouvement politique visant à unifier les peuples africains et leur diaspora. Il prône l’autodétermination, la dignité et la coopération économique. Ses origines remontent au début du XXe siècle, portées par des intellectuels noirs américains et caribéens. Des figures comme Kwame Nkrumah (Ghana), Sékou Touré (Guinée) ou encore Patrice Lumumba (Congo) en ont fait un outil de lutte contre le colonialisme.

La FEANF : un bastion de la lutte anticoloniale

En France, la Fédération des étudiants d’Afrique noire (FEANF), fondée en 1950, a joué un rôle clé dans la décolonisation. Ses membres, souvent surveillés par les autorités françaises, militaient pour l’indépendance des colonies et l’unification du continent. La création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en 1963 a marqué une étape majeure, bien que les micro-nationalismes aient rapidement pris le dessus.

L’échec des tentatives d’unification

Malgré les indépendances des années 1960 et la transformation de l’OUA en Union africaine (UA) en 2002, sous l’impulsion de Mouammar Kadhafi, les divisions persistent. Le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), lancé en 2001, peine à concrétiser ses ambitions. Aujourd’hui, l’Afrique reste fragmentée, avec des conflits comme ceux du Soudan ou de la Corne de l’Afrique, et des tensions entre pays voisins, comme entre le Sahel et la CEDEAO.


Panafricanisme : entre discours et réalité

Dans le paysage politique africain contemporain, le panafricanisme est devenu un mot-valise. Des dirigeants comme Laurent Gbagbo (Côte d’Ivoire) ou des partis comme le PASTEF au Sénégal s’en réclament, mais les actes peinent à suivre. Certains pays, comme l’Afrique du Sud, pratiquent une chasse aux migrants africains, tandis que d’autres, comme ceux de l’Alliance des États du Sahel (AES), s’alignent sur des régimes autoritaires.

Les nouveaux visages du panafricanisme

Parmi les figures les plus médiatisées figurent Kémi Séba, Franklin Nyamsi et Nathalie Yamb. Tous trois mènent un combat acharné contre la présence française en Afrique, mais leurs liens avec la Russie et leur soutien à des dictatures comme celles du Mali, du Burkina Faso ou du Niger soulèvent des questions. Leur panafricanisme semble plus proche du rejet de l’Occident que d’une véritable émancipation africaine.

Une conversation piratée et diffusée sur les réseaux sociaux révèle même que Kémi Séba qualifierait Franklin Nyamsi et Nathalie Yamb d’« opportunistes », les accusant d’être à la solde de Faure Gnassingbé. Par ailleurs, il aurait exprimé son regret d’avoir perdu sa nationalité française, mettant en lumière les contradictions de son engagement.

Un panafricanisme rance ou une nécessité d’union ?

Face aux défis géopolitiques actuels, l’Afrique doit-elle vraiment s’unir ? Si le panafricanisme actuel semble parfois déviant, avec des figures qui flirtent avec des régimes oppressifs ou des puissances étrangères, la nécessité d’une coopération renforcée n’a jamais été aussi criante. Entre prédateurs mondiaux et menaces internes, l’urgence d’une solidarité africaine authentique s’impose.


Le panafricanisme a-t-il encore un avenir ? Entre héritage glorieux et dérives contemporaines, une chose est sûre : l’Afrique ne peut se permettre de rester divisée. L’heure est peut-être venue de redéfinir ce mouvement pour en faire une force unificatrice, loin des calculs politiques et des alliances douteuses.