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L’épargne des béninois et de l’UEMOA peut-elle vraiment changer l’avenir économique de l’afrique de l’ouest ?

Alors que les économies ouest-africaines cherchent des solutions pour réduire leur dépendance aux financements extérieurs, une question s’impose avec une urgence croissante : et si la clé résidait dans les épargnes locales ? À Cotonou, lors du Salon régional de l’actionnariat 2026, experts et décideurs ont mis en lumière un potentiel inexploité, capable de transformer durablement le paysage financier de l’UEMOA.

Un paradoxe financier persistant en UEMOA : pourquoi l’épargne locale reste-t-elle sous-utilisée ?

Malgré une croissance économique notable dans la zone UEMOA, les marchés financiers peinent à mobiliser l’épargne domestique, pourtant abondante. Cette épargne, souvent placée dans des actifs à court terme ou simplement thésaurisée, représente une mine d’or sous-exploitée. Les acteurs présents au salon de Cotonou ont souligné un paradoxe : alors que les besoins en financement des entreprises locales explosent, les ressources existent mais ne sont pas orientées vers des investissements productifs.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon les dernières estimations de la BCEAO, près de 70 % de l’épargne des ménages de l’UEMOA est immobilisée hors des circuits financiers formels. Un gaspillage qui prive les économies régionales d’un levier essentiel pour leur développement.

Les freins à une mobilisation efficace de l’épargne

Plusieurs obstacles persistent. D’abord, un manque criant de culture financière parmi la population : beaucoup ignorent encore comment investir dans des actions, obligations ou fonds locaux. Ensuite, l’accès aux marchés de capitaux reste complexe pour les PME, qui peinent à se conformer aux exigences des introductions en bourse. Enfin, le cadre réglementaire, bien qu’en progrès, peine à offrir des incitations fiscales suffisamment attractives pour rediriger l’épargne vers le financement de l’économie réelle.

Le Salon de Cotonou 2026 : un tournant pour l’actionnariat populaire en Afrique de l’Ouest ?

Organisé autour du thème « Actionnariat et souveraineté financière : mobiliser l’épargne pour accélérer la transformation économique », cet événement a réuni des régulateurs, des dirigeants d’entreprises et des spécialistes des marchés financiers. Leur objectif ? Pousser à une révolution des habitudes d’épargne en faisant de chaque citoyen un acteur du développement économique.

Parmi les mesures phares discutées, deux axes se dégagent :

  • L’innovation numérique : des plateformes digitales accessibles pour démocratiser l’investissement et rapprocher les opportunités des épargnants, quel que soit leur niveau de revenus.
  • L’éducation financière : des campagnes ciblées pour informer et sensibiliser la population aux avantages de l’actionnariat et aux risques des placements traditionnels.

Les organisateurs, dont UCA SGI et Dimensions GROUP, ont également plaidé pour une simplification des procédures d’accès aux marchés de capitaux, afin de permettre aux PME de s’introduire plus facilement en bourse.

Souveraineté financière : pourquoi l’épargne locale est-elle un enjeu stratégique ?

Pour les autorités monétaires et financières de l’UEMOA, la mobilisation de l’épargne locale n’est pas seulement une question de croissance économique : c’est une nécessité stratégique. En réduisant la dépendance aux financements étrangers, les États de la sous-région renforcent leur résilience face aux crises internationales et aux chocs économiques.

La BCEAO, la Commission de l’UEMOA et l’Autorité des marchés financiers ont rappelé que l’autonomie financière passe par l’investissement local. En transformant l’épargne en capital productif, les entreprises et les infrastructures pourront enfin être financées sans recourir à des capitaux extérieurs, souvent coûteux et instables.

Des retombées concrètes pour les ménages et les entreprises

Les participants au salon ont partagé des exemples concrets de succès où l’épargne locale a permis de financer des projets structurants. Au Bénin, au Sénégal et en Côte d’Ivoire, des initiatives ont déjà démontré que les citoyens pouvaient devenir des acteurs clés de la transformation économique. Grâce à des fonds d’investissement locaux et à des introductions en bourse réussies, des milliers de ménages ont vu leur épargne fructifier tout en soutenant des entreprises locales.

Cependant, les défis restent nombreux. Pour que cette dynamique prenne pleinement son essor, il est indispensable de :

  • Renforcer les incitations fiscales pour orienter l’épargne vers des placements productifs.
  • Développer des produits financiers adaptés aux besoins des épargnants et des entreprises.
  • Accompagner les PME dans leur accès aux marchés de capitaux pour faciliter leur croissance.

Vers une nouvelle ère économique pour l’Afrique de l’Ouest ?

Alors que le Salon de Cotonou 2026 s’achève, un constat s’impose : l’épargne locale a le potentiel de devenir un moteur puissant pour la souveraineté financière de l’UEMOA. Mais ce potentiel ne se concrétisera que si tous les acteurs – États, régulateurs, entreprises et citoyens – s’engagent dans cette voie.

La balle est désormais dans le camp des décideurs. Les prochains mois seront déterminants pour voir si les promesses faites à Cotonou se traduiront par des actions concrètes. Une chose est sûre : sans une mobilisation massive de l’épargne locale, l’Afrique de l’Ouest continuera à dépendre des financements extérieurs, limitant ainsi son autonomie et sa croissance.

L’enjeu est de taille, mais les opportunités sont immenses. À condition d’agir, et d’agir vite.

Ousmane Haïdara
Politique et sécurité