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Le Gabon enclenche le virage des compétences : 400 jeunes formés à Libreville

Libreville – Le 2 octobre 2026, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a reçu la ministre du Commerce, des PME et des PMI, Zenaba Gninga Chaning, pour acter un tournant décisif : la formation des jeunes devient une priorité stratégique. Dès cette première étape, 400 jeunes seront formés à Libreville, avant un déploiement dans les neuf provinces. Un basculement vers une économie de compétences.

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Le Gabon amorce une rupture dans sa manière de concevoir le développement économique. Longtemps mesurée à l’aune des infrastructures physiques et des ressources extractives, la transformation du pays se recentre désormais sur un actif moins visible mais tout aussi déterminant : les compétences de sa population.

Ce n’est pas une simple annonce de programme. C’est un changement de logiciel. En misant sur la formation professionnelle et l’insertion, l’exécutif entend répondre à un enjeu de fond : comment bâtir une économie plus productive sans disposer, en nombre suffisant, des techniciens, entrepreneurs et professionnels capables de la faire tourner ?

Une réponse directe aux besoins de l’économie réelle

Le choix de privilégier des métiers techniques et pratiques marque une volonté de rapprocher l’offre de formation des attentes des entreprises et des secteurs productifs. Les 400 premiers bénéficiaires ne sont pas seulement là pour obtenir un diplôme : ils doivent convertir leur savoir-faire en emploi, en activité génératrice de revenus ou en création d’entreprise.

Cette approche rompt avec une logique de formation déconnectée du terrain. Elle installe une chaîne exigeante : compétence, insertion, production, revenus et création de valeur. Le dispositif prévoit d’ailleurs un accompagnement au-delà de la salle de classe, avec un appui technique, des possibilités d’accès au financement et un suivi des projets.

Dans de nombreuses économies africaines, le principal frein à l’entrepreneuriat ne réside pas dans l’absence d’idées ou de savoir-faire, mais dans la difficulté à franchir le cap entre la qualification et la viabilité économique. Le gouvernement avait déjà posé les bases en août, avec un triptyque « former, accompagner et financer », incluant des mécanismes de garantie et de financement pour les jeunes porteurs de projets.

Produire davantage avec des compétences nationales : l’ambition stratégique

Derrière la politique de formation se profile une ambition plus vaste : accroître la participation des Gabonais aux chaînes de valeur nationales. L’objectif affiché est de soutenir les PME et PMI, de favoriser la production locale et de renforcer les capacités nationales, tout en réduisant progressivement le recours aux compétences extérieures lorsque celles-ci peuvent être développées sur le territoire.

Cette question prend une résonance particulière dans les secteurs où le pays investit ou cherche à investir davantage : infrastructures, énergie, pétrole et gaz, numérique, industrie, services techniques ou encore transformation des matières premières. Le développement de ces activités ne dépend pas uniquement des capitaux mobilisés. Il repose aussi sur la disponibilité d’une main-d’œuvre capable d’installer, d’exploiter, de maintenir, de gérer et, à terme, d’innover.

Le signal donné quelques jours plus tôt à Port-Gentil allait dans la même direction. Lors d’une visite à l’Institut du pétrole et du gaz, le chef de l’État avait insisté sur la nécessité de renforcer les formations scientifiques, techniques, pétrolières, gazières et énergétiques afin de répondre aux besoins croissants des entreprises et de réduire la dépendance à certaines formations réalisées à l’étranger.

La cohérence entre ces orientations est claire : la souveraineté économique ne se limite pas à contrôler les ressources. Elle suppose de disposer des femmes et des hommes capables de les transformer en valeur.

Des 400 premiers au changement d’échelle : un test grandeur nature

La première cohorte de 400 jeunes constitue moins une fin en soi qu’un test grandeur nature. Le passage annoncé de Libreville aux neuf provinces sera déterminant. Une politique nationale de compétences ne peut être efficace si elle reproduit une concentration excessive des opportunités dans la capitale.

Le défi sera également d’adapter les formations aux réalités économiques de chaque territoire. Les besoins d’un bassin pétrolier, d’une zone agricole, d’un territoire minier ou d’un pôle urbain ne sont pas identiques. L’extension provinciale devra donc être pensée comme une politique de développement territorial autant que comme une politique d’emploi.

C’est surtout l’après-formation qui permettra de mesurer la portée réelle du programme. Combien de jeunes accéderont effectivement à un emploi ? Combien créeront une activité viable ? Combien d’entreprises pourront grandir grâce aux compétences nouvellement disponibles ? Et quelle part de ces nouvelles activités contribuera effectivement à renforcer les chaînes de valeur locales ?

Ces indicateurs seront plus significatifs que le seul nombre de personnes formées.

Le Gabon ouvre ainsi un chantier moins spectaculaire que celui des infrastructures physiques, mais potentiellement tout aussi déterminant. Une route rapproche les territoires ; une centrale alimente l’économie ; un port facilite les échanges. Mais ce sont les compétences qui permettent à ces infrastructures de fonctionner, aux entreprises de se développer et aux investissements de produire durablement.

Faire du capital humain une infrastructure stratégique, c’est précisément comprendre que la transformation économique ne sera durable que lorsque les Gabonais disposeront eux-mêmes des capacités nécessaires pour la concevoir, la construire et en capter la valeur.

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