Un tournant stratégique s’ouvre au sommet de la justice électorale camerounaise après la mort, le 4 octobre 2026 à Paris, de Clément Atangana, premier président du Conseil constitutionnel. Un départ qui redessine l’équilibre institutionnel à la veille d’échéances politiques majeures.
Le décès de Clément Atangana, survenu le 4 octobre 2026 à Paris des suites d’une maladie, ne constitue pas une simple disparition. Il marque une rupture nette dans l’histoire du Conseil constitutionnel camerounais, l’institution qu’il a présidée pendant huit années. Né le 20 décembre 1941 à Ekoumeyeck, près de Ngomedzap dans le département du Nyong-et-So’o, le magistrat laisse derrière lui une juridiction à la croisée des chemins.
Sa voix grave a résonné à de multiples reprises dans les annales judiciaires du pays, prononçant le mot « irrecevable » pour trancher le sort des recours déposés par des partis politiques et des acteurs de la scène nationale lors des grands rendez-vous électoraux. Cette formule, ancrée dans la mémoire collective, renvoie au coup de marteau de celui qui fut nommé à la tête du Conseil constitutionnel le 7 février 2018, quelques mois seulement avant la présidentielle du 7 octobre de la même année. Aujourd’hui, le destin de l’homme est scellé. La décision est définitive.
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Deux présidentielles, deux contentieux, une même issue
Clément Atangana quitte définitivement la présidence du Conseil constitutionnel après huit ans à la tête de cette juridiction à caractère politique. Le pilier est tombé en France, où il avait été évacué pour des soins. Sous son magistère, l’institution a rendu plusieurs décisions dans le cadre de contentieux liés à deux élections présidentielles : celle de 2018 et celle de 2025. Dans les deux cas, la contestation des résultats officiels a suivi la proclamation. En 2018, le candidat Maurice Kamto du MRC et ses soutiens avaient porté le recours. En 2025, ce fut au tour du candidat Issa Tchiroma Bakary et de ses partisans.
Après la proclamation des résultats du scrutin d’octobre 2025, une vidéo avait circulé sur les réseaux sociaux, dans laquelle Clément Atangana déclarait : « Je suis content que vous vous réjouissiez à la fois pour la victoire de votre candidat et pour le travail effectué par votre père ». Souvent décrié, à tort ou à raison, comme une institution sous influence du régime, le Conseil n’a jamais fait prospérer la moindre requête émanant de l’opposition depuis son entrée en fonction en 2018.
Une carrière judiciaire au sommet de l’État
Cette année-là, Clément Atangana atteignait le point culminant de son parcours dans la justice camerounaise. Il s’était illustré dans la magistrature par de longs et loyaux services au sein de plusieurs juridictions du pays. Magistrat hors hiérarchie, il avait intégré la magistrature le 20 décembre 1968, après une formation à l’ENAM et à l’Institut international d’administration de Paris. Tout au long de son ascension, il a occupé plusieurs postes de responsabilité : juge d’instruction à Nkongsamba, président des tribunaux à Eséka, Bafia, Sangmélima et Mora ; procureur général à Maroua ; président de la Cour d’appel du Centre ; conseiller à la Cour suprême ; président de la Chambre administrative de la Cour suprême. C’est au sein de cette Cour qu’il avait pris sa retraite en 2014. Quatre ans plus tard, il était rappelé pour présider le Conseil constitutionnel.
Une vacance à haut risque pour l’avenir électoral
Sa mort ouvre ainsi une vacance à la présidence du Conseil constitutionnel, la plus haute juridiction du Cameroun en matière électorale. Conformément aux textes, il revient au président de la République de désigner et de nommer par décret le nouveau président du Conseil constitutionnel. Une nomination qui s’annonce comme un moment charnière pour l’avenir de la justice électorale dans le pays.



