Lac Tchad : des pêcheurs nigérians victimes collatérales des opérations militaires tchadiennes
Depuis vendredi, l’armée tchadienne mène des frappes aériennes ciblées contre des positions attribuées à Boko Haram sur plusieurs îlots du lac Tchad, situés en territoire nigérian. Ces opérations font suite à une attaque récente du groupe armé contre des bases militaires tchadiennes, accentuant la tension dans cette zone déjà fragile.
Les frappes visaient notamment l’île de Shuwa, un carrefour stratégique où se rejoignent les frontières du Nigeria, du Niger et du Tchad. Cette zone, réputée pour ses riches eaux poissonneuses, est également un bastion connu de Boko Haram et de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP).
Des victimes civiles parmi les pêcheurs nigérians
Selon des témoins, dont des membres de groupes d’autodéfense locaux, les bombardements auraient causé la mort de plusieurs dizaines de pêcheurs nigérians. Ces derniers pêchaient légalement dans la région, après avoir payé une « redevance » à Boko Haram pour accéder aux îles isolées. L’opération militaire est toujours en cours, rendant difficile l’estimation précise du nombre de victimes.
Un responsable du syndicat des pêcheurs du lac Tchad a confirmé que 40 pêcheurs nigérians sont portés disparus, probablement morts noyés ou écrasés par les bombardements. Les rescapés originaires de villes comme Doron Baga (Nigeria) ou de l’État de Taraba ont témoigné de l’ampleur des dégâts. « Ce n’est un secret pour personne : les pêcheurs doivent payer un impôt à Boko Haram pour accéder à ces zones », a déclaré Adamu Haladu, un pêcheur basé à Baga.
Un bilan déjà lourd dans l’histoire des conflits au lac Tchad
Cette tragédie rappelle un précédent dramatique : en octobre 2024, une frappe aérienne tchadienne visant des djihadistes sur l’île de Tilma avait également fait des victimes civiles. À l’époque, l’armée tchadienne avait démenti avoir ciblé des innocents, malgré les témoignages accablants. Boko Haram, responsable de plus de 40 000 morts et de deux millions de déplacés dans le nord-est du Nigeria, étend son influence bien au-delà des frontières nigérianes.
Contexte géopolitique et enjeux sécuritaires
Le lac Tchad, partagé entre le Nigeria, le Cameroun, le Niger et le Tchad, est devenu un foyer de tensions depuis 2009. Pour lutter contre la menace djihadiste, une force multinationale mixte avait été réactivée en 2015 par ces quatre pays. Cependant, la sortie du Niger de cette coalition en 2025 a fragilisé la coordination régionale, compliquant davantage la lutte antidjihadiste.
Les frappes récentes illustrent les risques persistants pour les populations civiles, prises en étau entre les opérations militaires et les groupes armés. Alors que l’armée tchadienne n’a pas encore réagi officiellement, les témoignages des pêcheurs et des groupes locaux soulèvent des questions sur la précision des ciblages et le respect du droit international.



