La région de Tillabéri, et plus particulièrement les départements d’Abala et de Filingué, sont confrontés depuis près d’une semaine à une intensification préoccupante de la situation sécuritaire. Des sources locales concordantes rapportent que des groupes armés terroristes (GAT) s’infiltrent et s’organisent progressivement dans plusieurs communes, tirant parti d’une apparente défaillance des dispositifs de sécurité.
Les communes de Sanam, Abala, Filingué centre, l’Imanan et Tondikandia seraient désormais cernées par des concentrations de combattants. Des rassemblements significatifs sont observés quotidiennement, et dans certaines localités, des prêches publics se déroulent ouvertement, parfois même en présence des Forces de défense et de sécurité (FDS), témoignant d’une implantation audacieuse des groupes.
La peur s’installe au sein des populations locales
Contactés, les résidents décrivent un climat de détresse grandissante. « Nous assistons à l’organisation des terroristes sous nos yeux. Les FDS semblent éviter tout affrontement direct », confie un habitant de la zone, souhaitant conserver l’anonymat. Nombreux sont ceux qui perçoivent une certaine inertie des autorités, ou du moins une stratégie d’évitement, sapant la confiance des communautés envers l’armée et la gendarmerie nigériennes.
Cette situation n’est pas sans rappeler les épreuves vécues dans l’Anzourou il y a quelques années. Plus alarmant encore, Tondikandia jouxte Baleyara, située à seulement une centaine de kilomètres de la capitale, Niamey. La localité d’Hamdalaye, distante d’une vingtaine de kilomètres de la capitale, est déjà fréquemment visitée par des éléments terroristes. Les départements de Loga (région de Dosso), limitrophe de Filingué, et de Doutchi sont également affectés par cette dynamique.
Alors que Tillabéri, Torodi et certaines zones de Dosso sont des théâtres d’opérations récurrentes pour les groupes jihadistes, cette expansion vers l’est et le sud pourrait, selon les analyses d’observateurs locaux, compromettre l’accès à Niamey et isoler la capitale du reste du pays, accentuant la crise sécuritaire.
Repli des élus et pillage à Toukounous
Dans ce contexte particulièrement tendu, les maires de Filingué centre (Chikal) et de Tondikandia auraient choisi de se replier vers la ville de Filingué pour des raisons de sécurité évidentes. Par ailleurs, le centre de reproduction animale de Toukounous aurait subi un pillage complet : l’intégralité du cheptel a été dérobée, apparemment en présence des FDS stationnées sur place.
Plusieurs sources locales suggèrent que les militaires, confrontés à des lacunes en matière de soutien logistique et hiérarchique, privilégieraient la protection de leurs effectifs plutôt que de s’engager dans des opérations périlleuses sur un terrain défavorable.
Tahoua également sous forte pression terroriste
L’alerte sécuritaire à Filingué ne constitue pas un incident isolé. Dans la région de Tahoua, le département de Birnin N’Konni est soumis à une intense pression de groupes affiliés à l’État islamique au Grand Sahara (EIGS/ISSP) et à d’autres factions. Les terroristes s’y déplacent avec une relative aisance et mènent des actions coordonnées.
Des événements récents ont entraîné la mort d’une centaine de civils, d’après les bilans locaux. Des infrastructures essentielles comme des boutiques, greniers, pylônes de communication et stations-service ont été incendiées. Les chefs communautaires ont été spécifiquement ciblés, exacerbant le sentiment d’abandon parmi les populations affectées.
Un scénario d’encerclement de Niamey est-il envisageable ?
Les experts en sécurité sahélienne alertent depuis plusieurs mois sur la progression constante des groupes jihadistes (dont l’ISSP et des éléments liés au JNIM) vers le sud de Tillabéri et en direction de Dosso. La région de Tillabéri demeure l’une des zones les plus violentes du Sahel central, enregistrant un nombre élevé de victimes civiles et militaires en 2025.
Face à cette escalade, les populations locales lancent un appel urgent aux autorités pour une réponse rapide et harmonisée. « Si des mesures ne sont pas prises sans délai, nous risquons de perdre définitivement ces territoires », avertit un notable de la région.
Bien que les Forces de défense et de sécurité nigériennes aient diffusé de nombreux communiqués ces derniers mois, faisant état de neutralisations de terroristes et d’opérations aériennes, le décalage entre ces annonces officielles et la réalité vécue par les habitants des zones rurales reste flagrant. À ce jour, les autorités nigériennes n’ont pas encore communiqué officiellement sur cette nouvelle alerte concernant Filingué et Abala.



