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La sécurité au Bénin : entre partenariats stratégiques et défis régionaux

Une rencontre symbolique au Pentagone

Le général Fructueux Gbaguidi, chef d’état-major des Forces armées béninoises, a marqué l’histoire diplomatique récente en étant reçu au cœur du Pentagone par le général Christopher J. Mahoney, vice-président du Comité des chefs d’état-major interarmées des États-Unis. Ce déplacement, bien plus qu’un simple échange protocolaire, illustre l’importance grandissante du Bénin dans la stratégie sécuritaire américaine pour l’Afrique de l’Ouest. Une reconnaissance officielle qui confirme la crédibilité acquise par Cotonou sur la scène régionale.

Les échanges ont porté sur des enjeux cruciaux : les menaces terroristes, les initiatives communes et l’accompagnement sécuritaire apporté par AFRICOM. Washington a réitéré son soutien à un Bénin sûr, stable et démocratique, un atout majeur pour la stabilité de l’ensemble de la sous-région.

Une réponse béninoise face à l’évolution des menaces

Face à la montée en puissance des groupes armés dans le Sahel, le Bénin a adopté une approche proactive. Plutôt que d’attendre que les risques n’atteignent les zones urbaines, les autorités ont choisi de renforcer méthodiquement leurs capacités militaires, leur renseignement et leur présence territoriale. Une stratégie qui s’appuie sur des partenariats diversifiés pour pallier les limites d’une action nationale isolée.

Dans ce contexte, la coopération avec les États-Unis, bien que renforcée, n’est pas exclusive. Le Bénin cultive également des relations militaires avec plusieurs partenaires africains et internationaux, tout en participant activement aux mécanismes de prévention des conflits au niveau régional. Une démarche qui répond à une réalité opérationnelle : le terrorisme ignore les frontières et exige des réponses transnationales.

La coopération avec l’Afrique du Sud et le Nigeria

En mai 2025, une commission militaire mixte avec l’Afrique du Sud a permis de partager des expériences et de renforcer la lutte contre les menaces asymétriques. Parallèlement, Cotonou a développé avec le Nigeria des mécanismes de coopération transfrontalière pour mieux répondre aux défis de l’insécurité et de la criminalité organisée.

La démocratie, un atout sécuritaire

Alors que plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest subissent des crises institutionnelles, le Bénin mise sur la solidité de son modèle démocratique pour renforcer sa crédibilité internationale. Pour ses partenaires occidentaux, cette stabilité politique est un gage de fiabilité et de prévisibilité, un élément clé dans la construction d’un partenariat sécuritaire durable.

Cette approche a permis à Cotonou de maintenir des relations équilibrées avec les États-Unis, les pays africains et les organisations régionales, transformant ainsi son ancrage démocratique en un véritable capital diplomatique.

L’ombre persistante de la méfiance avec l’Alliance des États du Sahel

Malgré les ouvertures répétées du Bénin, la coopération sécuritaire avec les États de l’Alliance des États du Sahel (AES) — Burkina Faso, Mali et Niger — reste limitée. Pourtant, les populations, les échanges commerciaux et les espaces frontaliers entre ces pays sont profondément interconnectés. En juin 2026, une visite officielle du président béninois Romuald Wadagni à Ouagadougou avait permis de réaffirmer la volonté de renforcer le dialogue et la coordination face aux menaces terroristes.

Cependant, la persistance d’une défiance politique entre les autorités de l’AES et le Bénin freine cette coopération. Une situation d’autant plus paradoxale que les groupes armés opèrent sans distinction de frontières. Les États sahéliens ont développé leur propre architecture sécuritaire, mais cette démarche ne devrait pas exclure leurs voisins dans la lutte contre le terrorisme.

Des vulnérabilités collectives

Les zones frontalières du nord du Bénin restent exposées aux incursions de groupes armés en provenance du Sahel. Plusieurs pays, dont la France et les Pays-Bas, maintiennent une vigilance accrue dans ces régions, notamment aux frontières avec le Burkina Faso et le Niger. Dans ce contexte, l’absence de coopération renforcée entre Cotonou et ses voisins sahéliens représente une faiblesse collective.

Le terrorisme ne connaît pas de frontières, et une réponse efficace ne peut se construire que par la convergence des efforts. Le Bénin, les États-Unis et les pays de l’AES doivent désormais dépasser leurs divergences pour mettre en place des mécanismes concrets de partage du renseignement, de coordination des patrouilles et de communication entre états-majors.

Vers une convergence des dynamiques sécuritaires ?

La visite du général Gbaguidi à Washington marque une nouvelle étape dans l’affirmation d’une stratégie béninoise visant à renforcer les capacités nationales tout en diversifiant les partenariats. Pour Cotonou, l’enjeu est désormais de concrétiser ces collaborations en actions tangibles : renseignement accru, surveillance renforcée, mobilité opérationnelle et formation des troupes.

Mais le véritable défi réside dans la capacité des États de la région à surmonter leurs différences politiques pour construire une réponse coordonnée face aux menaces communes. Le Bénin a fait son choix : une approche fondée sur la souveraineté, la coopération et la stabilité institutionnelle. À ses voisins de décider s’ils veulent transformer leurs divergences en une force collective plutôt qu’en une source de vulnérabilité partagée.