Politique

Ibrahim Traoré : la démocratie n’est pas une solution pour le Burkina Faso

Portrait d'Ibrahim Traoré en tenue militaire beige et béret rouge

Le capitaine Ibrahim Traoré, à la tête du Burkina Faso depuis trois ans, a clairement indiqué que la démocratie n’avait pas sa place dans son pays. Lors d’une interview diffusée à la télévision nationale, il a affirmé : « Les Burkinabè doivent oublier la démocratie. Ce système ne nous convient pas. »

Un rejet sans équivoque du modèle démocratique

Dans ses propos tenus jeudi soir, le chef de l’État militaire a qualifié la démocratie de « tueuse » et a insisté sur le fait que son peuple devait se détourner de ce modèle. Selon lui, la majorité des Africains ne souhaiteraient pas vivre sous ce régime, préférant une approche alternative propre au Burkina Faso. Il n’a cependant pas détaillé les contours de cette nouvelle voie, se contentant d’affirmer : « Nous avons notre propre méthode. Nous ne copions personne. Nous voulons tout réinventer. »

Traoré avait pourtant promis, lors de son arrivée au pouvoir, de rétablir l’ordre démocratique d’ici juillet 2024. Pourtant, deux mois avant cette échéance, la junte a annoncé une extension de cinq ans de son mandat, justifiant cette décision par la nécessité de « reconstruire l’État ».

Interdiction des partis politiques et répression de l’opposition

En janvier dernier, le gouvernement a dissous tous les partis politiques, les accusant de semer la division et de freiner le projet révolutionnaire. Traoré a d’ailleurs critiqué sans réserve le monde politique traditionnel, qu’il décrit comme un rassemblement de « menteurs, flagorneurs et beaux parleurs ».

Cette décision s’inscrit dans une stratégie plus large visant à consolider le pouvoir militaire. Les médias indépendants et la société civile sont également dans le viseur : plusieurs journalistes et opposants ont été arrêtés ou contraints à l’exil. Certains détracteurs du régime, selon des rapports, ont même été envoyés en première ligne face aux groupes armés islamistes.

Une souveraineté affichée face à l’Occident

Traoré se présente comme un leader révolutionnaire, s’opposant frontalement à l’impérialisme occidental. Il a d’ailleurs cité la Libye comme exemple, évoquant le régime de Mouammar Kadhafi, renversé après des décennies de pouvoir autocratique. « Regardez ce qui est arrivé à la Libye après l’intervention occidentale », a-t-il déclaré, soulignant les conséquences désastreuses des interventions étrangères en Afrique.

Le Burkina Faso, comme ses voisins le Mali et le Niger, a rompu ses partenariats militaires avec la France et l’Europe, leur reprochant une ingérence dans leurs affaires internes. Ces trois pays se tournent désormais vers la Russie pour obtenir un soutien sécuritaire, mais les violences persistent malgré ce changement d’alliance.

Un bilan humain lourd sous le régime de Traoré

Les tensions internes et la lutte contre les groupes armés ont coûté la vie à plus de 1 800 civils depuis 2023, selon les dernières estimations. Human Rights Watch révèle que les deux tiers de ces victimes sont imputables à l’armée burkinabè et à ses milices alliées, le reste étant attribué aux islamistes. Ces chiffres illustrent l’intensité des combats et les défis sécuritaires auxquels le pays est confronté.

Malgré ce contexte, Traoré bénéficie d’un soutien croissant sur le continent africain, notamment pour sa critique acerbe des anciennes puissances coloniales et son discours panafricaniste. Pourtant, la situation humanitaire et sécuritaire reste critique, questionnant la viabilité de son approche révolutionnaire.