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Gabon : le poulet importé, une menace pour la filière locale et un test pour l’OMC

L’entrée en vigueur de l’interdiction des importations de poulet de chair au Gabon prévue pour janvier 2027 fait peser une menace réelle sur l’équilibre économique et commercial du pays. Entre souveraineté alimentaire et règles du commerce international, Libreville s’apprête à défier Washington devant l’OMC. Mais quelles seront les conséquences concrètes pour les Gabonais, les producteurs locaux et l’économie nationale ?

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Une décision controversée aux répercussions immédiates

La mesure, annoncée en mai 2025, vise à interdire dès janvier 2027 l’importation de poulet de chair. Objectif affiché : booster la production locale, réduire la dépendance alimentaire et créer des emplois. Pourtant, cette volonté de protectionnisme commercial pourrait bien se retourner contre le Gabon. Car derrière cette décision se cache une question cruciale : les infrastructures locales sont-elles prêtes à prendre le relais ?

En 2023, le pays a importé pour 86,3 millions de dollars de volailles congelées, soit 2 % de ses importations totales. Une manne financière que Libreville espère transformer en investissements pour la filière avicole. Mais dans l’immédiat, la suppression brutale de ces importations risque de provoquer une pénurie, une hausse des prix et une inflammation du pouvoir d’achat des ménages.

Washington contre Libreville : une bataille juridique aux enjeux économiques majeurs

S’il y a bien un acteur qui ne compte pas laisser passer cette décision sans réagir, c’est Washington. En septembre 2026, les États-Unis ont saisi l’Organisation mondiale du commerce (OMC), estimant que la mesure gabonaise pourrait enfreindre les règles du commerce international. Une véritable épée de Damoclès pour Libreville, dont la marge de manœuvre se réduit à mesure que l’échéance de 2027 approche.

Le gouvernement gabonais, conscient du risque, a mis en place un comité technique chargé de préparer la transition. Mais les responsables politiques ont aussi évoqué une stratégie juridique basée sur les flexibilités prévues pour les pays en développement. En ligne de mire, l’article XVIII du GATT, qui autorise certaines restrictions commerciales pour protéger une industrie naissante.

Un pari risqué pour l’économie gabonaise

Le Gabon mise sur sa filière avicole pour réduire sa facture alimentaire, aujourd’hui largement grevée par les importations. Pourtant, sans investissements massifs dans les infrastructures, la formation des éleveurs et l’accès au financement, cette ambition pourrait rester un vœu pieux. Les exemples du Sénégal et du Cameroun, souvent cités en référence, montrent que le succès est loin d’être garanti.

Et si l’interdiction des importations ne suffisait pas à rendre la filière compétitive ? Le risque est double : une pénurie de viande de volaille, qui pourrait faire flamber les prix, et une condamnation à l’OMC, qui affaiblirait la crédibilité du Gabon sur la scène internationale.

L’équation impossible : produire plus sans faire flamber les prix

Le gouvernement gabonais semble croire que la transformation de la filière avicole est la clé de voûte de sa souveraineté alimentaire. Mais aujourd’hui, le pays manque cruellement d’éleveurs compétents, d’abattoirs modernes et de réseaux de distribution efficaces. Sans compter que les coûts de production – énergie, intrants, transport – restent élevés dans un pays où l’accès au crédit est souvent un parcours du combattant.

Le choix de Libreville est donc un pari audacieux. D’un côté, la promesse d’une filière locale florissante, créatrice d’emplois et d’autonomie. De l’autre, le spectre d’une hausse des prix, d’une pénurie et d’un contentieux commercial qui pourrait coûter cher en termes de réputation et de relations internationales.

Les leçons à tirer des expériences africaines

Peut-être le Gabon pourrait-il s’inspirer des stratégies adoptées par ses voisins. Le Sénégal, par exemple, a mis en place des subventions pour les éleveurs et des barrières douanières pour protéger son marché. Mais chaque pays africain a ses spécificités, et ce qui a fonctionné ailleurs ne garantit pas le succès au Gabon.

Le gouvernement a beau affirmer qu’il tire les enseignements des expériences régionales, le temps presse. En janvier 2027, l’interdiction entrera en vigueur. Et si d’ici là, la filière locale n’a pas réussi à monter en puissance, les conséquences pour les consommateurs et l’économie gabonaise pourraient être lourdes.

Une confrontation qui dépasse la volaille

Derrière le dossier du poulet importé se cache une question plus large : le Gabon peut-il concilier souveraineté alimentaire et respect des règles du commerce international ? La réponse à cette question pourrait redéfinir la place du pays dans l’économie mondiale et dans les relations commerciales africaines.

Libreville a choisi de jouer l’audace, quitte à défier Washington et à risquer l’affrontement à l’OMC. Mais une chose est sûre : dans cette bataille, ce sont les Gabonais qui paieront le prix fort… si la stratégie échoue.

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Mariam Sidibé
Journaliste