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Crise judiciaire au Niger : la dissolution des syndicats et la révocation de magistrats inquiètent

L’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains exprime sa vive préoccupation face à la dissolution brutale de cinq organisations syndicales du secteur de la justice au Niger. Ces mesures, actées par le ministère de l’Intérieur, ont été suivies par l’exclusion de deux magistrats de haut rang, membres du Syndicat autonome des magistrats du Niger (Saman). Les autorités sont pressées de rétablir les libertés syndicales et d’association, piliers de l’état de droit.

Une série de dissolutions sans fondement légal explicite

Le 7 août 2025, le général Mohamed Toumba a signé plusieurs arrêtés visant à dissoudre le Saman, l’Union des magistrats du Niger (Uman), le Syndicat national des agents de justice (Snaj), le Syndicat des cadres et des agents techniques du ministère de la Justice (Syncat) ainsi que le Syndicat indépendant des magistrats du Niger (Siman). Étonnamment, ces documents officiels ne présentaient aucune motivation initiale.

Le lendemain, le ministre de la Justice, Alio Daouda, a tenté de justifier ces décisions en évoquant des « dérives » qui nuiraient au service public, accusant les syndicats de privilégier des intérêts corporatistes. En réaction, le Saman et l’Ordre des avocats du Niger ont organisé une grève de protestation à la mi-août.

Un cadre juridique contesté par les organisations de travailleurs

L’Union des syndicats des travailleurs du Niger (USTN) a rapidement dénoncé l’utilisation abusive de l’ordonnance de 1984 sur les associations pour dissoudre des syndicats. En effet, ces derniers sont régis par le Code du travail de 2012 et les conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT). Cette confusion juridique rendrait, selon les experts, les dissolutions nulles et non avenues.

Sanctions disciplinaires contre les leaders syndicaux

La répression s’est intensifiée avec la signature de décrets présidentiels par Abdourahamane Tiani. Deux figures clés du Saman ont été radiées de la magistrature :

  • Abdoul-Nasser Bagna Abdourahamane, secrétaire général, sanctionné après avoir critiqué publiquement les arrêtés de dissolution.
  • Moussa Mahamadou, secrétaire général adjoint, exclu suite à un appel à la grève générale pour soutenir son collègue.

Une menace directe sur l’indépendance de la justice au Niger

Ces événements soulèvent une alarme internationale concernant la séparation des pouvoirs au Niger. Le non-respect de l’article 22 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et de la Charte de la refondation du Niger fragilise les fondements démocratiques du pays. L’Ordre des avocats a d’ailleurs pointé une atteinte grave à la liberté d’expression et au droit à la défense.

Cette offensive contre le pouvoir judiciaire s’inscrit dans un climat de restriction de l’espace civique. L’Observatoire rappelle également le cas de Moussa Tchangari, défenseur des droits humains détenu depuis plusieurs mois. Il est impératif que le Niger réintègre les magistrats injustement révoqués et annule les dissolutions syndicales afin de respecter ses engagements internationaux.