Le Forum africain de l’eau à N’Djamena : un appel urgent à la coopération hydrique continentale
Les tensions autour des ressources en eau ont resurgi lors d’un échange tendu à l’Assemblée nationale congolaise. Une députée a exigé des éclaircissements immédiats sur un accord controversé lié à l’exploitation des eaux congolaises, mettant en lumière les enjeux géopolitiques liés à ce sujet. L’ancienne ministre de l’Environnement, aujourd’hui en charge des Affaires sociales, a rappelé les déclarations percutantes d’un dirigeant africain : « Si la République démocratique du Congo refuse de partager ses ressources en eau, nous serons contraints d’y accéder par tous les moyens. » Une menace qui prend tout son sens dans un contexte régional marqué par des rivalités autour de l’accès à l’or bleu.
Ces propos, tenus sous l’administration d’un président tchadien dont le règne s’est achevé en 2021, ont laissé des traces dans les relations entre les deux pays. Son successeur, Mahamat Idriss Déby Itno, a récemment invité le président congolais Félix Tshisekedi à participer au Forum africain de l’eau, un événement destiné à renforcer la coopération continentale sur la gestion des ressources hydriques. Une initiative qui interroge : pourquoi certains États du bassin du lac Tchad ont-ils choisi de boycotter cette rencontre cruciale ?
La RDC en première ligne face aux ambitions tchadiennes
Dès 2014, la République démocratique du Congo avait créé une cellule dédiée à la surveillance des eaux, présidée par une figure politique aujourd’hui au gouvernement. Cette dernière dénonçait alors un « complot international visant à spolier le pays, avec la complicité de certains acteurs locaux ». Pourtant, malgré son passage aux affaires, aucun résultat concret n’a été enregistré depuis.
Lors du Forum de N’Djamena, Félix Tshisekedi a proposé cinq axes majeurs pour une gestion durable des ressources hydriques en Afrique. Parmi elles, l’intégration des politiques de l’eau avec celles de l’agriculture, de l’énergie et de la santé, ainsi que le renforcement des institutions pour une gouvernance transparente. Le président congolais a également insisté sur la nécessité d’attirer des investissements et de financer les infrastructures hydriques grâce à des partenariats publics-privés. Une vision ambitieuse qui vise à faire de l’eau un levier d’industrialisation et de développement.
Dans son discours, il a rappelé que « aucun État ne peut garantir seul sa sécurité hydrique », plaidant pour une « gouvernance coopérative de l’eau » et une « coalition africaine pour hisser l’eau au rang de priorité politique absolue ». Une position qui pourrait ouvrir la voie à des projets controversés, comme le transfert des eaux de l’Ubangi vers le lac Tchad, bien que Kinshasa n’ait jamais officiellement validé une telle initiative.
Un lac Tchad en voie de disparition et des États absents
La situation du lac Tchad est alarmante : sa superficie est passée de 25 000 km² en 1964 à seulement 2 000 km² en 2024, malgré quelques variations saisonnières. Pourtant, lors du Forum de N’Djamena, seuls trois pays – outre la RDC – étaient présents : le Gabon, la Mauritanie et le Bénin. Un boycott qui interroge, d’autant que les enjeux concernent directement les populations riveraines du lac.
Des sources internes révèlent que des acteurs non étatiques tentent d’imposer des décisions unilatérales sur les transferts d’eau, contournant les autorités congolaises. En 2019, un ancien ministre des Affaires étrangères avait alerté sur des signatures apposées au nom de la RDC sans son consentement, notamment lors de rencontres internationales organisées en Europe.
Face à cette situation, des voix s’élèvent en RDC pour dénoncer l’inertie des dirigeants. Un ancien sénateur et ministre a publié un ouvrage percutant, « La République des Inconscients », où il alerte : « Si l’eau est la vie, alors ceux qui nous gouvernent jouent avec le feu, risquant un suicide collectif. »
Vers une alliance africaine pour la souveraineté hydrique ?
Le Forum de N’Djamena pourrait marquer un tournant dans la gestion des ressources en eau en Afrique. Félix Tshisekedi a fixé des objectifs ambitieux pour la RDC d’ici 2035 : porter le taux d’accès à l’eau potable à 60 %, celui des services d’assainissement à 50 %, et garantir un accès adéquat dans 80 % des écoles et centres de santé. Des ambitions qui nécessitent une mobilisation immédiate et une coopération renforcée entre les États.
Alors que le Tchad mise sur des solutions radicales pour préserver ses ressources, la question reste entière : les pays africains parviendront-ils à s’unir pour éviter une crise hydrique majeure ? L’Afrique a-t-elle les moyens de reprendre le contrôle de son destin hydrique, ou sera-t-elle contrainte de subir les décisions des acteurs externes ?



